Il faut qu’on parle des sacs de plastique

Dernière mise à jour : 28 janv.

Il y a quatre ans, le scientifique du Bangladesh Mubarak Ahmed Khan faisait la une des médias avec une innovation prometteuse. Il avait réussi à mettre au point un sac en polymère biodégradable à base de jute, destiné à remplacer les sacs en plastique à usage unique. Le « sac Sonali » était né, et l’idée d’un monde sans sacs de plastique revivifiée. Pourtant, le sac Sonali n’est toujours pas produit à grande échelle. La « déplastification » du sac de courses n'est-elle qu'une chimère?

Photo : Mart Production / Pexels

Le choix du jute — une fibre végétale 100 % biodégradable — était pourtant judicieux, comme le Bangladesh est le 2e plus grand producteur de jute au monde. Le fait que le sac (qui se décomposerait dans le sol en moins de six mois) voit le jour au Bangladesh était aussi digne d’intérêt. En 2002, ce pays du sous-continent indien a été l’un des premiers au monde à bannir les sacs en plastique. Malgré l’interdiction, ils sont encore largement utilisés, et obstruent chaque année les canalisations de la ville, provoquant de graves inondations pendant la mousson.

Le produit a été nommé « sac Sonali » (sonali signifie « doré » en bengali) par le Premier ministre bangladais Sheikh Hasina, un clin d’œil à la jute surnommée la « fibre d’or ».

La production du sac Sonali est figée pour des raisons financières. Déplorable, quand on sait que d’autres pays pourraient aussi en bénéficier. Selon un rapport de l'ONU publié en 2018, 10 millions de sacs en plastique sont consommés chaque minute dans le monde.


Les scientifiques l’affirment haut et fort : nous avons transformé l’océan en une gigantesque soupe de plastique. On retrouve aussi du plastique sur les plus hauts sommets de l’Himalaya, et même dans les embruns marins. De quoi nous couper l’envie d’aller se refaire une santé au bord de la mer.


Des sacs biodégradables qui ne se dégradent pas

Les ravages environnementaux causés par les déchets en plastique pèsent sur notre conscience et peu d’entre nous rechigneront à payer quelques sous de plus pour utiliser un sac biodégradable proposé par l’épicerie du coin. C’est un beau geste, si tant est que le sac soit réellement biodégradable.


Richard Thompson, un biologiste marin britannique qui a consacré sa carrière à l’étude des déchets plastiques, s’est penché sur la question avec son collègue Imogen E. Napper. Les deux professeurs de la University of Plymouth (Grande-Bretagne), ont testé des sacs biodégradables, oxo-biodégradables, compostables, et des sacs plastiques conventionnels. Pendant trois ans, les sacs ont été laissés à l’air libre, enfouis dans le sol, et immergés dans l’eau de mer. Les résultats sont décevants : à l’exception des sacs compostables, aucun des sacs ne s’est détérioré de façon substantielle; ils étaient toujours fonctionnels et pouvaient contenir jusqu’à 2,25 kg sans se déchirer.

Les sacs compostables ont fait meilleure figure. En trois mois, dans l’environnement marin, ils se sont complètement détériorés. Sauf que, précisent les auteurs, « des travaux supplémentaires seraient nécessaires pour établir quels sont les résidus issus de cette dégradation, tels que les microplastiques ou les nanoplastiques. »


Il faut savoir que les sacs oxo-biodégradables contiennent des additifs chimiques afin d'imiter la biodégradation, et qui peuvent contaminer le plastique traditionnel et ainsi nuire à son recyclage. Le terme « biodégradable » peut donc semer la confusion en nous faisant croire que le sac disparaîtra tout simplement s’il est jeté ou mis au recyclage.


Des sacs dissolubles

De ce côté-ci de la planète, les municipalités ont fait des efforts pour limiter l’usage des sacs de plastique, avec des résultats plutôt mitigés. Aux grands maux les grands moyens. À compter du 1er septembre 2022, la Ville de Montréal va interdire les sacs de plastique, incluant les sacs biodégradables.


Soixante pays ont déjà interdit les sacs de plastique à usage unique, dont le Chili, premier pays d’Amérique du Sud à les avoir bannis. C’est dans ce même pays qu’une solution innovante est née avec SoluBag. Des ingénieurs ont mis au point une technologie permettant de fabriquer des films souples et rigides qui se dissolvent en cinq minutes dans l’eau (la vidéo est convaincante), sans laisser de résidus toxiques. Cette technologie est constituée du même matériau que celui utilisé pour la fabrication des enveloppes de gélules pour les médicaments (les capsules de gel liquide). Les sacs SoluBag, qui se déclinent en de nombreux formats, sont maintenant commercialisés au Canada.


Enfin — et bientôt à notre portée, espérons-le — un sac dont l’empreinte écologique est aussi légère que son poids sur notre conscience!

En attendant, vers quoi se tourner?

En 2014, des chercheurs de l’université de la Clemson University ont effectué une analyse approfondie du cycle de vie des sacs de courses. En résumé, les sacs en papier sont très gourmands en ressources naturelles et résistent mal au temps. Les sacs en coton nécessitent aussi beaucoup de ressources pour être produits devraient être réutilisés 131 fois pour avoir un impact environnemental équivalent à celui du plastique à usage unique.


Il semble que pour l'instant nos meilleures options demeurent les sacs réutilisables NWPP (non-woven polypropylene, c.-à-d. en polypropylène non tissé) et LDPE (low-density polyethylene c.-à-d. en polyéthylène à faible densité). Ils ont tous deux une faible empreinte carbone et résistent au temps. L’essentiel serait d'utiliser notre sac au moins 11 fois pour compenser l’impact environnemental de sa production.


 

Catherine Hébert

Rédactrice scientifique

catherine.hebert.6@umontreal.ca