Prescrire la nature, innover pour soigner bien des maux

Depuis mai 2022, les professionnels de la santé québécois peuvent prescrire la nature à leurs patients. On ne parle pas ici de remèdes faits d’ingrédients naturels, mais plutôt d’une façon innovante de traiter toutes sortes de maux par le biais d’ordonnances à passer du temps en nature.


Les « prescriptions nature » sont un nouvel outil à la disposition de plusieurs corps professionnels du Québec. Elles sont des ordonnances d’exposition à la nature utilisées à des fins préventives et pour traiter plusieurs conditions, autant physiques que psychologiques. Le collectif Prescri-Nature est l’instigateur de cette initiative appuyée par le ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec.

Les espaces verts du Vieux-Port de Montréal. Photo: Sokmean Nou (via Unsplash)
 

À propos de Prescri-Nature

  • Les Dr. Isabelle Bradette, Dr. Claudel Pétrin-Desrosiers, Dr. Caroline Laberge, Dr. Sarah Bergeron, Emmett Phil Coriat et Dr. Johanne Elsener sont à l’origine de l’initiative Prescri-Nature.

  • Il s’agit d’une adaptation québécoise du programme national PaRx, initialement déployé en 2020 en Colombie-Britannique.

  • Ralliant à sa cause plusieurs ordres professionnels, Prescri-Nature offre à plus de 45 000 prestataires de soins du Québec de prescrire la nature à leurs patients. On y retrouve des médecins, infirmières praticiennes, pharmaciens, psychologues, physiothérapeutes et plus encore.

  • Le programme est chapeauté par plusieurs centres de recherche, incluant des chercheurs de l’Université Laval, de l’Université de Montréal et de l’Université de Sherbrooke.

 

Une prescription bénéfique sans effets secondaires nocifs, ça existe?

De nombreuses études démontrent des bénéfices d’une telle pratique sur la santé des patients. D’abord, sur le plan physique, on observe une amélioration des fonctions cardiovasculaires, immunitaires et respiratoires. Par exemple, une réduction du rythme cardiaque et de la tension artérielle est constatée à la suite d’une exposition à la nature. Ceci pourrait être dû au fait qu’après seulement 20 minutes en nature, notre niveau de cortisol, l’hormone du stress, diminue considérablement. Pour les personnes atteintes de diabète, une diminution du cortisol permet de faciliter le contrôle des glycémies. Pour ce qui est du système immunitaire, le fait d’être en nature est associé à une augmentation d’un type de globule blanc qui est très efficace pour combattre les cellules cancéreuses, soit le lymphocyte NK. Combiner une prescription d’immersion en nature avec d’autres traitements pour le cancer comme la chimiothérapie peut donc optimiser les résultats. La santé des poumons se porte aussi beaucoup mieux chez les individus qui se retrouvent dans des environnements naturels plus fréquemment. On note par exemple une diminution marquée du risque d’asthme.


Une meilleure santé psychologique est également associée au temps passé dans des environnements naturels. Une diminution de l’anxiété serait directement reliée à la baisse de l’hormone du stress. La majorité des patients rapportent aussi une amélioration de leur humeur et une diminution de symptômes dépressifs après avoir passé du temps en compagnie de Dame Nature. D’autres exemples de bénéfices incluent une atténuation des comportements hyperactifs chez les plus jeunes et un ralentissement du déclin cognitif chez les aînés.


Malgré le fait que la nature ne pourra jamais remplacer la prise de médicaments ou l’adhérence aux traitements médicaux, elle demeure une option peu dispendieuse, voire gratuite, pour améliorer sa santé. De plus, aucun effet secondaire négatif n’a été associé à ce nouveau type de prescription jusqu’à présent, ce qui est très rare dans le monde médical. Habituellement, tout traitement prescrit comporte des risques et les prestataires de soins doivent évaluer ces derniers pour établir si le ratio coût-bénéfice est favorable. L’absence d’effets nocifs combinée aux nombreuses retombées positives est un mélange parfait pour inciter l’adoption de l’ordonnance d’exposition à la nature par les professionnels de la santé.


Ancré dans la tradition et les données probantes

Bien que la littérature scientifique sur le sujet soit relativement récente, Prescri-Nature souligne que ce n’est pas l’association entre la nature et le bien-être qui est novatrice, mais bien l’acte de rédiger une prescription à cet escient. En effet, les propriétés thérapeutiques de la nature font partie de traditions ancestrales bouddhistes (« bains de nature » ou shinrin-yoku en japonais) et de croyances chez des peuples autochtones d’Amérique du Nord datant de plusieurs siècles. Ce ne sont là que deux exemples parmi tant d’autres qui soulignent les éléments culturels liant la nature et la santé.


De son côté, la pratique des « prescriptions nature » s’ancre dans des données probantes qui démontrent abondamment son efficacité pour changer les habitudes de vies des patients. En premier lieu, c’est le fait d’écrire la prescription (plutôt que de prodiguer un conseil oralement) qui semble être convaincant. Ensuite, la crédibilité des professionnels de la santé renforce le message quant à l’impact positif d’une immersion en nature. Ce message serait plus percutant lorsqu’il est transmis par un professionnel de confiance que par un proche.


Comme pour tout autre traitement sous ordonnance, il faut préciser la « dose » recommandée. Des experts ont convenu qu’une exposition de 20 à 30 minutes par jour constitue une dose de traitement suffisante, et qu’une exposition totale de 2 à 3 heures par semaine permettrait d’en retirer pleinement les bénéfices. À quoi peut ressembler une telle dose dans la vie des gens ? La réponse dépend entre autres du niveau de mobilité d’une personne, de son budget ou de son état de forme physique. Pour certains, il est recommandé de marcher et de s’asseoir sur un banc de parc alors qu’une escapade de camping dans un parc national pourrait être plus appropriée pour d’autres.


La prescription doit être adaptée au patient pour être efficace et c’est d’ailleurs pourquoi Prescri-Nature met une foule d’outils à la disposition de ses partenaires via son site Web. On y retrouve, entre autres, des ressources de Parcs Canada pouvant faciliter la recherche d’un espace vert accessible.


Bon pour la santé, mais aussi pour la planète!

Les « prescriptions nature » contribuent à la lutte que mène l’humanité contre les grands fléaux que sont le cancer et les maladies chroniques par des avenues préventives et thérapeutiques. Elles nous aident aussi à combattre l’un des autres grands maux de notre époque, soit la crise climatique mondiale. En effet, un contact accru avec la nature rend les individus plus enclins à vouloir la protéger, tel que le souligne en entrevue la Dre Pétrin-Desrosiers. Les patients à qui l’on prescrirait la nature seraient donc plus poussés à poser des actions concrètes en faveur de la protection de l’environnement.


 

Mégane Pépin, candidate à la M.Sc. en santé publique et étudiante du séminaire PLU 6048 – Connaissances et innovations en santé