Clinique de vaccination mobile : aller là où il le faut

Mis à jour : mai 18

5 h 30 du matin. Pierre, Julie et Mélanie chuchotent en longeant un corridor sombre du centre d’hébergement Notre-Dame-de-la-Merci, dans le nord de Montréal. C’est ici, à l’étage, que se trouve le congélateur tenu à -74 degrés qui contient des doses de vaccin contre la COVID-19. Avec précaution, douze fioles sont transférées dans une glacière. Destination : les Aliments Roma, producteur de saucisse et de charcuterie. L’équipe de vaccination mobile démarre une nouvelle journée.

L'infirmier Pierre Côté prépare les vaccins qui seront administrés aux employés aujourd'hui.

En mars dernier, le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal (NIM) fait un constat sans appel. Dans les quartiers Saint-Laurent Montréal-Nord, le taux de vaccination demeure bas. Trop bas. Pendant ce temps, les variants gagnent du terrain. La population de ces deux quartiers fréquente peu les sites de vaccination fixes. Manque d’information sur le vaccin, accès irrégulier à internet et barrière linguistique sont en cause. Il faut trouver une solution, il faut innover.


C’est ainsi que naissent les cliniques éphémères : des cliniques mobiles, d’un seul jour, qui se déplacent pour aller rejoindre la clientèle — le plus souvent vulnérable — là où elle se trouve.


Ce projet pilote est mené conjointement par la Direction régionale de santé publique de Montréal, le CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal et celui du Centre-Sud.


Cibler les lieux d'éclosion

On cherche, entre autres, à cibler des lieux à risque. Les entreprises de transformation alimentaire sont rapidement identifiées. Depuis le début de la crise, on a vu y naître de nombreuses éclosions, favorisées par le travail à la chaîne, la proximité et l’environnement frais.


L'équipe s'organise sans perdre de temps. La clinique mobile ira vacciner les employés directement dans les entreprises. On vise celles qui comptent plus de 100 employés; il faut bien que la mobilisation de toute une équipe mobile en vaille le coût.


Pour Mélanie Charbonneau, gestionnaire de l’équipe mobile de vaccination COVID-19, l’inclusivité et la réduction des inégalités sont les moteurs de ces cliniques éphémères.

« C’est plus difficile quand on travaille de nuit. On n’a peut-être pas toujours la motivation d’aller se faire vacciner. Il faut aussi considérer la barrière de la langue, car il y a beaucoup d’immigrants dans ces entreprises. »
Mélanie Charbonneau, en avant-plan, gère la transformation du hangar en site de vaccination.

6 h 15. Un douzaine d'employés du CIUSS NIM descendent de l'autobus qui les dépose sur leur lieu de travail pour la journée. L’équipe s’affaire pour être prête à vacciner les employés qui terminent tout juste leur quart de travail de nuit. Aujourd'hui, un hangar sera transformé en site de vaccination. L’entreprise les accommode avec des tables pliantes et des chaises, aussitôt désinfectées.


Mettre les entreprises dans le coup

Bianca Di Paola, directrice des ressources humaines chez Aliments Roma, est sur place. Pour elle, l’accès au vaccin est un droit fondamental. « C’est la Santé publique qui nous a contactés. Nous avons à cœur de rendre le vaccin accessible à nos employés. C’est aussi un moyen de prévenir une éclosion dans notre entreprise. Si on peut offrir à nos travailleurs une demi-heure de leur temps pour les protéger, c’est notre devoir de le faire. »


La veille, une équipe de sensibilisation est venue faire une présentation aux employés. Le but : démystifier la vaccination et répondre aux questions. Comme chaque fois, la liste des employés inscrits sur la liste de vaccination s’est allongée.


7 h. Tout est en place. Les vaccins sont décongelés et les seringues sont prêtes. Wilfredo, arrivé du Pérou il y a à peine un an, est le premier à se présenter. Son français est encore fragile, et l’équipe se met à la recherche d’une personne qui parle l’espagnol.

Wilfredo s'apprête à recevoir son vaccin, après son quart de travail de nuit

Dans l’équipe mobile, les compétences sont nombreuses. On y compte des infirmières retraitées, une étudiante en médecine, et même un ancien agent de sécurité qui supervise la zone où les gens doivent patienter pendant 15 minutes après leur injection.


Une équipe vaillante

Le démarrage des cliniques mobiles ne s’est pas fait sans accrocs, se rappelle Mélanie Charbonneau.

« Au début, on avait des problèmes de logistique. On n’était pas bien coordonné et il manquait du matériel. Certains employés qui devaient se déplacer n’aimaient pas ça. Un noyau dur s’est formé. Ceux qui sont restés dans l’équipe mobile, ce sont des guerriers. »

Et maintenant ? Ça roule rondement.


Hier, c’est 312 employés d’une entreprise d’abattage de volaille qui ont été vaccinés. Au moins une soixantaine le seront aujourd’hui. Depuis le début de l’opération, tous sites confondus, c’est 16 000 personnes qui ont reçu le vaccin grâce aux cliniques mobiles.


L’équipe de vaccination est stationnée ici jusqu’à la fin de l’après-midi. Demain, elle rependra la route pour une nouvelle destination.


« Un service de proximité a souvent plus d’impact, conclut Mélanie Charbonneau. C’est bien de faire de la promotion et d’inciter les gens à prendre rendez-vous par eux-mêmes. Mais c’est beaucoup plus efficace d’aller vers les gens là où ils vivent et travaillent. »


À VOIR EN VIDÉO

Catherine Hébert

Rédactrice scientifique

catherine.hebert.6@umontreal.ca