Humain augmenté et immortalité : où s'arrêter?

Mis à jour : mars 25

Série Repenser la vie


Allons-y, soyons optimistes à l’excès pour 2021. Souhaitons-nous d’en finir avec la maladie et le vieillissement. Après tout, ce ne sont là que de regrettables imperfections de l’être humain, diront certains adeptes d’un mouvement né il y a une quarantaine d’années : le transhumanisme.


Formidable espoir thérapeutique ou illusion irréalisable et immorale ?


L’actrice et dramaturge Dominique Leclerc (auteure de la pièce Post humains) et l’urgentiste pédiatre Nathalie Gaucher ont réfléchi à ces questions dans le cadre de la rencontre Repenser la vie artificielle.

Dominique Leclerc et Nathalie Gaucher.

Silicon Valley, fin des années 1980. Un mouvement prend racine. Il prône l’amélioration des capacités physiques et mentales de l’être humain. C’est le transhumanisme.


Devrait-on se servir de la science et des technologies pour améliorer l’être humain et ses performances ? Ou même pour atteindre l’immortalité ? Ça dépend à qui vous le demandez, car le mouvement est loin d’être homogène.


Aujourd’hui, le transhumanisme inspire des programmes de recherche, une multitude de groupes militants, et a mené à la création d’une université spécialisée.


Certains projets transhumanistes sont même pilotés par des entreprises : Calico (California Life Company) consacre ses recherches à la lutte contre le vieillissement et la mort. Veryli veut réinventer la médecine grâce au Big Data. La société 23andMe, quant à elle, propose à ses clients un séquençage génétique personnalisé afin de prévenir d’éventuelles pathologies.


Atteint de vieillesse ?

Parmi les grands acteurs du transhumanisme, on retrouve Ray Kurzweil. Directeur de l’ingénierie chez Google depuis 2012 et conseiller stratégique auprès de l’armée américaine, ce technoprophète a entrepris d’améliorer l’être humain. Il soutient que grâce à des nanorobots médicaux, nous pourrons éradiquer toutes les maladies et même… le processus de vieillissement.


La vison de Ray Kurzweil — très discutée — prévoit de franchir une ère en 2045 : celle de la singularité technologique. Une ère où il n’y aurait plus de distinction claire entre l’homme et la machine.


Voilà une idée qui fait froncer les sourcils. Le transhumanisme est-il un mouvement réservé aux plus originaux d’entre nous ? Faux, répond Dominique Leclerc :

« Il ne faut pas balayer ce mouvement du revers de la main en se disant que ce ne sont que des excentriques. Selon moi, c'est le monde vers lequel on se dirige. On est toujours en quête de perfectibilité et on a de plus en plus d’outils pour y arriver. »

Où se trouve alors la limite entre médecine curative et médecine d’amélioration?



Améliorer l’humain : le sport en première ligne

Le milieu du sport a su tracer la ligne entre le « normal » et le « plus que normal ».


Tous se rappelleront d'Oscar Pistorius — pour de bonnes et de moins bonnes raisons — ce sprinter sud-africain amputé des deux jambes. Est-ce que ses Flex-Foot Cheetah, des prothèses en carbone, lui permettaient de dépasser la vitesse « normale » pour un athlète de son niveau ?


Le débat a été relancé en 2014, quand l’Allemand Marcus Rehm, surnommé le « Blade Jumper » a bouleversé le monde du saut en longueur en effectuant un saut de 8,48 mètres (!) avec une prothèse à la jambe droite. Ses détracteurs ont dénoncé un net avantage à l’impulsion.


En 2015, les athlètes avec prothèse ont été interdits aux Mondiaux d’athlétisme. Leur « avantage technologique » aurait faussé les compétitions.


Et pendant ce temps… le premier cyborg fait son entrée.


Cyborg 1.0

Il s’appelle Neil Harbisson et souffre d’achromatopsie (aussi appelée « daltonisme total »), un syndrome génétique qui rend impossible la perception des couleurs.


Sa vie ne se déroule pas pour autant en noir et blanc. Neil « entend » la couleur grâce à un œil électronique attaché au bout d’une antenne.


Cette antenne capte les couleurs devant lui, et envoie des fréquences à une puce qui les convertit, en temps réel, en ondes sonores. Les teintes à haute fréquence (bleu-violet) sont aiguës, tandis que les teintes à basse fréquence (rouge) sonnent grave. Après un certain temps, Neil s’est même mis à rêver en couleurs. Jolie mélodie que celle de son quotidien.


Dans un Ted Talk, il explique :

« Voici mon passeport depuis 2004. On n’est pas autorisé à apparaître sur les passeports britanniques avec des équipements électroniques, mais j’ai insisté au Bureau des passeports sur le fait que ce qu’ils voyaient [l'antenne] était en fait une nouvelle partie de mon corps, une extension de mon cerveau. Ils ont finalement accepté que je le porte sur la photo du passeport. »

L’intégration de l’antenne sur la photographie de son passeport est interprétée par certains comme la reconnaissance officielle de Harbisson comme un cyborg.


Prothèses de carbones et antenne mélodique font ici bonne figure. Faut-il pour autant voir dans le transhumanisme la promesse d’une saine amélioration biotechnologique de l’humain ? Faut-il plutôt le ranger au rang des utopies à l’éthique douteuse ?


Rendez-vous en 2045 pour découvrir une (bien petite) partie de la réponse.

Vous pouvez revoir la rencontre complète entre Dominique Leclerc et Nathalie Gaucher, qui a eu lieu le 16 décembre dernier.

La série Repenser la vie est une collaboration entre Consortium santé numérique, In Fieri

et Inven _T.

Catherine Hébert

Rédactrice scientifique

catherine.hebert.6@umontreal.ca