Histoire de la dentisterie : entre lutte à la douleur et innovation



Une histoire faite de douleur jusqu’à il n’y a pas si longtemps

Dans un excellent documentaire de la BBC (voir en bas de ce billet), la professeure Joanna Bourke mentionne le fait que « alors qu’à une époque de sourires parfaits et de procédures médicales non douloureuses, nous avons surmonté ce qui faisait de la dentisterie et des soins dentaires quelque chose d’effrayant, comment se fait-il que le fauteuil de dentiste nous évoque toujours autant de peur et d’horreur ? »

Il semble que la sombre histoire de la dentisterie soit encore présente dans notre inconscient collectif. Il suffit de s’intéresser à cette histoire pour comprendre à quel point nous vivons à une époque privilégiée quand il s’agit de soigner nos dents et même d’en prendre soin de façon préventive.

Commençons par exemple par la gestion de la douleur. Ce n’est qu’en 1905, grâce au chimiste allemand Alfred Einhorn, qu’apparût le premier anesthésiant local sous le nom de procaïne. Plus tard commercialisé sous le nom de Novocaïne, ce composé a été utilisé durant près de 60 ans avant d’être remplacé par une classe d’anesthésiants plus efficaces et possédant beaucoup moins d’effets secondaires. Ainsi, les substances dites « curarisantes » ont remplacé les anciennes techniques d’anesthésie. Ces composés agissent comme le curare, poison créant une paralysie des nerfs moteurs, utilisé depuis longtemps par certains chasseurs aborigènes.



Reculons encore un peu plus loin dans le temps, à l’époque du Moyen-Âge et des « chirurgiens-barbiers ». Oui, vous avez bien lu. À la fin du 12e et au début du 13e siècle, l’église interdit au clergé et aux médecins de pratiquer la chirurgie. Cette décision aura pour conséquence de laisser des interventions comme l’arrachage de dents aux barbiers qui, à l’époque, pratiquent les saignées (en plus de raser, il va de soi…). Ils deviennent alors des « chirurgiens-barbiers ». Il faut comprendre qu’ils ne recevaient pas de formation en médecine et que beaucoup de charlatans s’autoproclamaient arracheurs de dents. Si on devait écrire le livre noir de la dentisterie, cette époque aurait sûrement droit à un chapitre entier.

Vous l’aurez compris, une grande partie de l’histoire de la dentisterie est synonyme de douleur, voire de douleur extrême ou de mort. Cependant, elle est bien sûr aussi faite d’innovations et de progrès majeurs.

Prévention, innovations et perfectionnement




À la fin du 19e siècle, la capacité à produire de l’électricité amena encore plus d’innovations dans le domaine des soins dentaires. En effet, on vit apparaître la première fraise électrique de dentiste en 1875 grâce à l’invention du dentiste états-unien George Green, dans le Michigan. Les modèles actuels fonctionnent à l’air comprimé, permettant aux moteurs pneumatiques de tourner à 800 000 tours/min contre environ 15 tours/min pour les premières fraises de dentiste à pédale.

Si l’histoire de la dentisterie vous intéresse, nous vous conseillons de visiter le musée Eudore-Dubeau de l’Université de Montréal. Vous pourrez y voir de nombreux objets anciens, témoins de la pratique de la dentisterie au Québec. En ligne, l’Association dentaire canadienne a créé une page spéciale sur l’histoire de  ce métier au Canada, de 1902 à nos jours. Quant à l’American Dental Association aux États-Unis, elle possède une page très complète sur l’histoire de la dentisterie, remontant jusqu’à 5000 ans avant J-C.

L’histoire de la dentisterie est remplie d’inventions et d’innovations brillantes, qui ont souvent amené une rupture par rapport aux pratiques établies. Aller chez le dentiste signifiait autrefois douleur extrême et était parfois synonyme de mort, alors que c’est pratiquement une formalité de nos jours. Nous oublions à quel point nous devons ce confort aux dentistes qui ont cherché à innover et à ménager nos nerfs. En 2016, il n’est donc plus justifié d’avoir une dent contre votre dentiste…

À visionner, l’excellent documentaire de la BBC sur l’histoire de la dentisterie :



Jérémy Bouchez

RÉFÉRENCES


  1. Handge, K.T., & Nawathe, A. (2015). History of Dentistry. Global Journal For Research Analysis, Vol: 4, Issue: 11.

  2. Ring, M. E., & Hurley, N. (2000). James Beall Morrison: the visionary who revolutionized the practice of dentistry. Journal of the American Dental Association (1939), 131(8), 1161–1167.

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