Pandémie, pain et primeurs

Mis à jour : il y a 5 jours


Mars 2020. Les files devant les épiceries s’allongent et les étagères se vident. La panique donne lieu à quelques scènes peu glorieuses. En contrepartie, des images d’apprentis boulangers exhibant leur fournée maison jaillissent sur les réseaux sociaux. Joli contraste. Jusqu’à maintenant, quels ont été les effets de la pandémie sur notre alimentation? Et sur le système alimentaire mondial? Coup d’œil dans le rétroviseur.

L’apparition de « l’achat de panique »

Avec la pandémie et l’inquiétude qu’elle a provoquée, l'achat de panique (traduction de l'anglais panic buying) est devenu réalité. Notre instinct de survie a poussé nombre d’entre nous à faire des réserves. Au Canada, 11 % des consommateurs auraient stocké de la nourriture (contre 20 % aux États-Unis). Pendant quelques temps, certains aliments sont même devenus difficile à trouver : la farine de blé, la levure, les pâtes, et même le beurre d’arachide.

La « peur d’en manquer » n’est pas la seule responsable de ce comportement collectif. Le désir d’exercer un contrôle sur au moins un aspect de notre vie serait aussi en cause. Devant l’ampleur de la catastrophe annoncée et le bouleversement subi, notre menu devait rester inchangé. Pas question que notre assiette prenne des airs d’apocalypse.

Nous sommes tous boulangers

Un changement dans les habitudes alimentaires paraissait toutefois souhaitable, celui de cuire son propre pain. La tendance est même devenue mondiale. Comment l’expliquer? Outre le fait de disposer de plus de temps à la maison, les boulangers en herbe y voyaient souvent un geste thérapeutique. Cuisiner permettrait en effet de réduire le stress. Faire son pain maison comporterait même quelque chose de… philosophique. Façonner sa miche de ses propres mains procurerait réconfort et permettrait une reprise de contact avec le vivant, comme la levure. Le confinement aurait aussi donné envie aux gens de se lancer dans de nouvelles aventures culinaires et de consommer des produits locaux.

Au Québec, les ventes de paniers de fruits et légumes du réseau des fermiers de famille ont en effet battu tous les records. En quelques semaines à peine, les abonnements pour les paniers bios au Québec ont bondi de 94 % par rapport à la même période l’an dernier. C’est une bonne chose quand on sait que la consommation de produits locaux et l’appui aux petits agriculteurs font partie des solutions clés pour lutter contre l’insécurité alimentaire et les changements climatiques (FAO, 2020, IPES-Food, 2020).

Zoom out sur la planète

Notre crainte de manquer de provision peut paraître bien anodine à côté de la détresse des

690 millions de personnes dans le monde qui souffraient de la faim en 2019 (FAO, 2020). C’est 18 fois la population canadienne. Un nombre en constante augmentation depuis 2014, et qui a cru en flèche en raison de la pandémie de COVID-19. Entre 83 et 132 millions de personnes supplémentaires risquent de souffrir d’insécurité alimentaire aiguë d’ici à la fin de l’année 2020 (FAO, 2020). L’objectif de développement durable fixé par les Nations Unies en 2015 d’atteindre la Faim Zéro d’ici à 2030 pâlit à vue d’œil.

Quelle résilience pour les systèmes alimentaires?

Il peut être difficile de discerner les opportunités qui ont émergé de la crise de la COVID-19. Et pourtant, une série d'innovations ont vu le jour pour maintenir le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement (Reardon et Swinnen, 2020).

En Chine, l'Association chinoise du marché des produits agricoles a créé des plates-formes en ligne pour mettre les fournisseurs en lien avec les acheteurs et ajuster l’offre à la demande (et vice versa). En Inde, le Centre national d'informatique a créé l'application mobile « Kisan Rath » pour aider les agriculteurs et les commerçants à trouver des véhicules pour transporter leurs fruits et légumes au marché. Au Népal, ce sont les communautés qui se sont mobilisées : elles ont créé des « agri-ambulances » pour acheminer les légumes de la ferme au marché. À Oman, le ministère de l'Agriculture et de la pêche a mis en place une plateforme de vente aux enchères en ligne pour permettre aux acheteurs de faire des offres sur le poisson.

Ces innovations, créées dans l’urgence, nous indiquent que la transformation des systèmes alimentaires n’est pas une utopie. Et qui sait? Ces primeurs deviendront peut-être des solutions à long terme pour que la faim dans le monde amorce enfin son déclin.



PAROLE DE CHERCHEUSE

Renata Pozelli


Pour contacter Renata Pozelli :

renata.pozelli.sabio@umontreal.ca


Renata Pozelli

Candidate au doctorat en santé publique

École de Santé Publique de l’Université de Montréal


Catherine Hébert

Rédactrice scientifique


Hinnovic.org

7101, avenue du Parc 

Montréal (Québec) H3N 1X9

hinnovic@gmail.com

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