Le remboursement de la FIV au Québec – Une mauvaise politique


Le programme, amorcé le 5 août 2010, était attendu depuis un moment par des personnes qui ne pouvaient ou ne voulaient pas dépenser les 10 000$ requis pour un cycle de FIV. Ceci explique probablement le débordement actuel, des gens ayant sans doute retardé leur entrée en clinique jusqu’à la mise en place du programme. Cet effet d’affluence s’estompera peut-être avec les années. D’ici là, toutefois, des cliniques doivent donner préséance à certaines patientes au détriment d’autres. On peut comprendre que certaines ressentent un sentiment d’injustice ou de la frustration…

Si le programme de couverture de la FIV est une mauvaise politique, ce n’est pourtant pas parce qu’on n’y a pas mis suffisamment d’argent et que beaucoup de personnes doivent encore attendre. C’est parce qu’elle légitime une technique problématique.

Les taux de succès de la FIV restent bas malgré la relative banalisation et l’amélioration de la technique. Dans une des cliniques de Montréal, pour la période 2004 à 2008, on annonce des taux extrêmement variables de succès selon l’âge des femmes. (Voir l’encadré).

Quelques chiffres sur les taux de succès de la FIV dans les cliniques de fertilité du Canada

Taux global de naissances vivantes : 29% par cycle de FIV entamé

16% des cycles de FIV entamés ont abouti à la naissance à terme d’un bébé unique et en santé

Taux de naissances vivantes par cycle de FIV entamé, selon l’âge de la mère (incluant jumeaux, triplés ou bébé unique, prématurés ou à terme)

Taux de naissances à terme d’un bébé unique et en santé par cycle de FIV entamé, selon l’âge de la mère

Les taux calculés sur l’ensemble des cycles de FIV (incluant FIV avec ICSI) pratiqués dans les 28 cliniques canadiennes. Ces résultats sont comparables à ceux d’autres pays, dont les États-Unis Source : Canadian Fertility and Andrology Society/Société canadienne de fertilité et d’andrologie, 2010

Au-delà des taux de succès variables, la FIV est problématique au plan des effets sur la santé de la mère et des enfants qui en naissent éventuellement, particulièrement quand les mères sont plus âgées. Les pédiatres s’inquiètent d’ailleurs des débordements des unités de soins intensifs avec l’accroissement potentiel des naissances suite à des FIV. Les mères plus âgées risquent davantage de souffrir de problèmes comme le diabète et l’hypertension, lesquels peuvent entraîner chez les bébés des problèmes pulmonaires, la prématurité et son lot de conséquences.

Payer la FIV n’est pas une politique sensée non plus pour faire face aux problèmes de fertilité. Malheureusement, c’est à des choses moins jazzées, à plus long terme, qu’il faudrait s’attaquer comme la tendance des femmes à reporter les grossesses à un âge où leur fertilité est moindre, les infections transmissibles sexuellement, les problèmes environnementaux, notamment, qui figurent parmi les causes des difficultés procréatives. Cela signifie, par exemple, que les politiques familiales, l’éducation sexuelle, les politiques environnementales devraient figurer parmi les zones d’action prioritaire.



H. van der Slikke :

« You’re the first country where this kind of logic is used? »

W. Ombelet :

« I think so, but I think there are many other countries where you can do it the same way, but you have to be quick because if the multiple pregnancy rate goes down because of the success of single embryo transfer, after a while, after a few years, you don’t have enough arguments for the government to tell them that you save money. I think there are many countries which will need the project. »

Cliquez ici pour lire l’entrevue

Bref, le message envoyé par W. Ombelet aux praticiens de la FIV du monde entier est le suivant: dépêchez-vous de profiter du fait qu’il soit encore permis de transférer plusieurs embryons, vous aurez un bon argument à présenter à vos gouvernements pour qu’ils remboursent les FIV…

Permettre les pratiques de «procréation assistée» tout en les encadrant pour réduire les risques? D’accord. Le tourisme reproductif rend d’ailleurs impossible une restriction des pratiques au-delà d’une certaine limite. Mais favoriser le recours à la FIV? Non.


Pour plus d’information, consultez notre dossier sur la fécondation in vitro


Auteure :Geneviève Daudelin, Ph.D.

RÉFÉRENCES

Canadian Fertility and Andrology Society/Société canadienne de fertilité et d’andrologie, «Human Assisted Reproduction 2010 Live Birth Rates for Canada», Communiqué de presse, 29 septembre 2010.


Champagne, Sara. Boom de la procréation assistée. Les quotas de gratuité bientôt atteints, La Presse, 1er octobre 2010.


Dubé, Catherine. 1, 2, 3… bébés? Québec Science, Novembre 2010, pp.26-31.


MSSS, Programme de couverture des traitements de procréation assistée


Ombelet, Willem with Hans W. van der Slikke, 2003. Reimbursement of IVF in Belgium if only one embryo is transferred, OBGYN.net Conference Coverage from the 19th Annual Meeting of ESHRE – Madrid Spain. ; page consultée le 22 janvier 2009.5

Hinnovic.org

7101, avenue du Parc 

Montréal (Québec) H3N 1X9

hinnovic@gmail.com

  • Facebook
  • Twitter