Dossier Hinnovic Ville en santé – 5 ans après



Qu’est-ce qu’une ville en santé?

Sophie Paquin, conseillère en urbanisme et santé publique à la Direction de santé publique de la ville de Montréal, nous expliquait en entrevue ce qui définit un environnement favorable à la santé ou au contraire non favorable à la santé (comme les centres d’achats éloignés des lignes de transport en commun). De plus, elle dressait un portrait en demi-teinte de Montréal en tant que ville favorable à la santé. La métropole québécoise se classant dans le trio de tête canadien en terme d’utilisation des transports en commun (TEC), mais péchant sur la question des traumatismes routiers principalement à cause de la vulnérabilité des piétons et des cyclistes face aux véhicules. Finalement, elle mentionnait l’efficacité des mesures basées sur la modification de l’environnement urbain (design, mesures d’apaisement de la circulation, marchabilité augmentée) ou sur le type de restauration disponible dans un quartier favorisant une alimentation saine au détriment de la malbouffe, connue pour être un des facteurs augmentant l’obésité ainsi que les maladies cardiovasculaires.

Cinq ans après

Un peu moins de 5 ans plus tard, certains arrondissements de Montréal ont mis en place des mesures de modification de l’environnement urbain et de la circulation visant à sécuriser les déplacements à vélo ou à pied tout en permettant la cohabitation avec les véhicules. L’idée bien sûr est de favoriser les déplacements en transports actifs et force est de constater qu’il y avait (et qu’il y a toujours) une attente forte de la population afin de disposer d’infrastructures permettant de se déplacer via des modes de transports bons pour la santé et l’environnement.

La petite reine : pédaler pour être en meilleure santé et protéger l’environnement


Tout d’abord l’arrivée du Bixi, le système montréalais de vélo en libre-service étant désormais un incontournable au sein de l’offre de transports actifs à Montréal, mais aussi dans toutes les villes qui ont pris la décision éclairée d’implanter ce type de service favorisant l’usage du vélo urbain. La progression de l’offre de pistes cyclables est également à mentionner, même si sur ce point il y a encore du chemin à faire. Il existait 400 km de pistes cyclables à Montréal début 2008, 560 km en 2010 (voir le tableau page 47) et désormais 680 km début 2015. L’augmentation est claire, mais certains estiment que la ville n’en fait pas assez et qu’elle devrait mieux se donner les moyens de ses ambitions. Pour ce qui est de la ville de Québec, la capitale comptait 280 km de pistes cyclables en 2010 (voir page 9), elle en compte désormais moins de 400. Par contre les cyclistes québécois parcourent plus de kilomètres annuellement que la moyenne au Québec, soit 1000 km en moyenne par an contre 624 km au Québec (voir page 15 du rapport de Vélo Québec). On voit donc que les instances politiques au pouvoir ont tout intérêt à tenir leurs promesses et à accélérer le rythme de l’augmentation de l’offre de pistes cyclables au Québec, tant la demande du grand public est présente. Il convient de se réjouir de l’attrait de la population pour un mode de transport qui incite les décideurs à exploiter les villes au profit de la santé métabolique.

Les études démontrent que la priorité des cyclistes est de se sentir protégés du trafic. Montréal est la preuve qu’en offrant un réseau de pistes cyclables interreliées, on augmente la pratique cycliste en ville. – Separated bike lanes are the way, The Globe and Mail, 22 juillet 2012

Et les piétons?


Comme dans beaucoup d’autres régions en Amérique du Nord, on octroie encore trop de place à la voiture dans les villes au Québec et cela a forcément des impacts sur la fréquence des accidents voiture-piéton. Ainsi, la Société de l’assurance automobile du Québec mentionne sur son site qu’en 2013, 65 piétons sont morts et 2,816 ont été blessés suite à une collision avec un véhicule.

Chaque jour, 8 piétons sont heurtés par un véhicule au Québec. – ministère des Transports du Québec

Cependant, il n’y a pas que les véhicules motorisés qui représentent un danger pour les piétons. Avec l’augmentation des usagers à vélo à Montréal ou à Québec, les accidents entre cyclistes et piétons sont amenés à être en augmentation et il en va de la responsabilité de chacun de faire usage de civisme et de prudence. On peut ainsi mentionner la récente décision de permettre aux cyclistes d’emprunter les voies piétonnes sous les viaducs de Montréal, occasionnant des frictions voire des blessures causées par des collisions piétons-cyclistes. Ainsi, plutôt que de donner moins d’espace aux véhicules motorisés, on déplace le problème en mettant en concurrence deux modes de transports actifs et on met encore plus en danger les usagers les plus vulnérables, les piétons.

Investir dans l’innovation et opter pour des villes en santé, c’est payant

Alors, rendez-vous dans cinq ans?


Auteur :Jérémy Bouchez Hinnovic.org

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