Apprendre du modèle brésilien d’agents de services communautaires



Le modèle brésilien

Afin de fournir à sa population des soins de santé universels et gratuits, le gouvernement brésilien crée, vers la fin des années 1980s, le Programme de santé familiale organisé autour d‘équipes de soins composées d’un médecin, d’une infirmière, d’une infirmière auxiliaire et de 4 à 6 agents de services communautaires. Ces équipes sont assignées à un territoire géographique donné qui regroupe de 600 à 1000 familles et deviennent leur premier point de contact avec le système médical (Paim et coll., 2011).

Les agents communautaires impliqués sont des membres de la communauté, formés sur une période de trois mois. Ils ont pour mandat de visiter tous les ménages du territoire sans exception, une fois par mois, besoin ou pas. Ils occupent ainsi une position idéale pour faire de la promotion de la santé, de la prévention et de la surveillance.

Plusieurs études attribuent (du moins en partie) au Programme de santé familiale et à ses agents de services communautaires, les résultats suivants (Johnson et coll. 2013) :

  • Réduction de la mortalité infantile et des hospitalisations dues à des conditions qui relèvent des soins primaires;

  • Amélioration de la participation aux programmes de dépistage et à l’allaitement maternel;

  • Amélioration des soins prénataux, de la prise en charge de problèmes de santé mentale et de la couverture vaccinale;

  • Amélioration générale de la santé des plus démunis.

Pourquoi appliquer ce modèle au Pays de Galles?


Quoique très différent du contexte brésilien, on rencontre, au Pays de Galles, des inégalités de santé considérables. On note des différences importantes dans l’espérance de vie en fonction du genre et du statut socioéconomique. De plus, la couverture vaccinale et la participation aux programmes de dépistage restent obstinément en dessous des moyennes nationales (Johnson et coll. 2013).

Un projet pilote

Le projet pilote propose d’intégrer quatre agents communautaires à des cabinets d’omnipraticiens. Comme au Brésil, les agents seront recrutés au sein de la communauté où ils travailleront et visiteront 80 ménages chacun.

On compte leur confier de nombreuses tâches :

  • Vérifier la prise de médicaments et la diète des personnes souffrant de diabète ou d’hypertension; identifier et signaler toutes complications;

  • Identifier les symptômes ou signes de démence;

  • Informer et soutenir les personnes désirant arrêter ou réduire leur consommation de tabac ou d’alcool;

  • Distribuer de l’information sur la saine alimentation et l’activité physique;

  • Identifier les personnes admissibles au dépistage de certains cancers;

  • Assurer la participation des ménages à la vaccination;

  • Informer sur la contraception, les relations sexuelles sécuritaires et le dépistage du chlamydia;

  • Soutenir la prise en charge des nouvelles grossesses et l’allaitement maternel;

  • Surveiller le développement des enfants de moins de 2 ans.

Le projet pilote prévoit évaluer la faisabilité, l’acceptabilité et l’impact potentiel de chacune de ces tâches.

Défis et préjugés

Les chercheurs rencontrent toutefois de nombreux défis et préjugés. Alors qu’au Brésil le programme de santé familiale s’est développé au sein d’un système de santé lui-même en évolution, le projet pilote s’insère dans un système de santé et de services sociaux déjà bondé et bien établi. Les agents de services communautaires se veulent une valeur ajoutée et non une complexité additionnelle.

Le Pays de Galles est une région bilingue (gallois et anglais). Les chercheurs sont conscients que l’acceptabilité du projet dépendra de la capacité à offrir des services dans les deux langues.


Des leviers importants

Les chercheurs ont cependant pu compter sur des leviers importants pour faire avancer leur projet. D’abord, la relation de collaboration plus large déjà existante entre le Royaume-Uni et les ministères de la Santé brésiliens a favorisé l’engagement du Pays de Galles. L’idée que le Royaume-Uni puisse apprendre du Brésil et non seulement l’inverse a, selon les chercheurs, contribué à renforcer la relation bilatérale entre les deux pays.

Le contexte politique général au Royaume-Uni a également joué en faveur du projet qui propose une solution à plusieurs préoccupations des autorités, comme la volonté de :

  • Déprofessionnaliser les soins de santé;

  • Ramener la prestation des services à l’échelle des communautés;

  • Aider les communautés à prendre le contrôle de leurs besoins de santé;


Réduire les coûts provenant de services fragmentés et de la dépendance excessive à l’utilisation des services de soins de deuxième ligne.

Les lignes directrices récentes de l’Organisation mondiale de la santé encouragent également le recours à des agents communautaires soulignant qu’ils sont généralement bien acceptés des communautés et offrent des soins de façon souvent plus efficace, efficiente et équitable que de nombreux services existants.

Bref, si le projet pilote s’avère concluant, les chercheurs impliqués comptent poursuivre leur collaboration en développant des essais randomisés qui permettraient de mesurer les résultats concrets de cette innovation sur la population. À suivre.


Auteure :Myriam Hivon, Ph.D. Hinnovic.org

RÉFÉRENCES

Harris M.J., Haines A. (2012). The Potential Contribution of Community Health Workers to Improving Health Outcomes in UK Primary Care. Journal of the Royal Society of Medicine, 105 : 330.


Johnson C.D., Noyes J., Haines A., Thomas K., Stockport C., Ribas A.N., Harris M. (2013). Learning from the Brazilian Community Health Worker Model in North Wales. Globalisation and Health, 9 : 25.


Paim J., Travassos C., Almeida C., Bahia L., Macinko J. (2011). The Brazilian health system : history, advances, and challenges. Lancet, 377 (May 21) : 1778-1797.

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