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Vaut-il toujours mieux prévenir que guérir ?

Dépistage syndrome de Down [1]Le dépistage précoce du syndrome de Down

L’idée de prévention véhiculée dans le discours de santé publique et largement médiatisée a fait un bon bout de chemin dans la tête de la population.

 

 

 

Manger mieux, faire de l’exercice, éviter la cigarette et la consommation excessive d’alcool afin de se maintenir en santé, d’éviter la maladie ou de retarder la fin ultime sont des comportements que peu remettraient en question. Une population en santé réduit la pression sur le système de santé et par conséquent en diminue les coûts. Tout le monde y gagne, tant les individus en meilleure santé grâce à des comportements préventifs que la société.

 

Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que, toute technologie qui permet de prévenir la maladie soit accueillie avec enthousiasme. Les technologies de dépistage, en particulier, suscitent un certain engouement. Certaines permettent de détecter des cancers à un stade où ils sont éventuellement plus faciles à traiter. D’autres permettent de prévenir la naissance d’individus handicapés qui ne bénéficieraient pas de la même qualité de vie ou longévité que la majorité des personnes, et constitueraient un fardeau économique pour la société. Devant ces dernières technologies de dépistage, un minimum de responsabilité éthique requiert toutefois qu’on se pose la question : vaut-il toujours mieux prévenir que guérir?

 

Si l’on en croit les média, il semble que oui. Entre janvier 2000 et janvier 2006, les quotidiens francophones et anglophones canadiens ont publié 12 articles annonçant « une percée technologique longuement attendue » : de nouveaux tests de dépistage prénataux qui permettraient de détecter des fœtus atteints du syndrome de Down (communément appelé trisomie 21) au premier trimestre de grossesse, comparativement à des tests déjà connus et utilisés qui ne permettent cette détection qu’au deuxième trimestre de grossesse. Dans plusieurs pays, ces tests sont déjà intégrés aux examens de routine de toutes les femmes enceintes. Parmi ces articles :

 

Syndrome de DownLe syndrome de Down est une anomalie chromosomique viable qui s’accompagne dans tous les cas d’un certain degré de retard mental et de problème physique (troubles de la vision, de l’audition et cardiaques) plus ou moins aigus. Son incidence est de un cas pour 770 naissances vivantes. Cette incidence augmente graduellement avec l’âge de la mère et de façon plus rapide après l’âge de 35 ans. Au Canada, environ 35,000 personnes en sont atteintes. Pour plus d’information: About Down Syndrome [2]

 

 

AvantagesPar l’énoncé des principaux avantages retenus par les média, les lecteurs apprenaient que ces tests:

 

InconvénientsPar l’énoncé des inconvénients, les lecteurs apprenaient que:

 

SurpriseCe que les lecteurs n’ont pas su en lisant les journaux :

 

Vaut-il mieux prévenir que guérir? En plus de poser de sérieux problèmes éthiques, un programme de dépistage précoce du syndrome de Down, sur une base populationnelle, impliquerait des coûts émotifs, éthiques et économiques pour une majorité de femmes qui en bout de ligne, porteraient un fœtus en santé et pour un certains nombre de femmes qui ne se rendraient pas au bout de leur grossesse de toute façon. N’est-ce pas là s’enthousiasmer un peu rapidement pour une technologie qui a pour conséquence de « contribuer à l’augmentation des coûts en soins de santé tout en détournant l’argent qui pourrait servir à soigner des personnes âgées et malades (voire même des personnes atteintes du syndrome de Down) vers des personnes jeunes et en santé? » (Traduction libre : Heath, 2004 : 83)

 

Rapport d’AÉTMIS disponible à : http://www.aetmis.gouv.qc.ca/site/fr_down.phtml [3]

 

Retournez au dossier sur :
Le dépistage du syndrome de Down [4]

 

Auteur : Myriam Hivon [5], Ph.D.

 

RÉFÉRENCES

  • Heath I. (2004). View of Health Technology Assessment from the Swampy Lowlands of General Practice. International Journal of Technology Assessment in Health Care. 20 (1): 81-86