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Solar Ear : Une innovation qui donne de la voix !

Crédit: v1ctor via Flickr (image originale)

« Saviez-vous que la production globale d’appareils auditifs comble moins de 10% des besoins mondiaux actuels ? Ce taux est encore plus petit dans les pays en voie de développement, où moins de 3% des déficients auditifs ont accès à une prothèse auditive (OMS, 2013).  Démocratiser l’accès et l’utilisation de ces appareils, c’est la mission de l’entreprise Solar Ear  créée en 2002 en Afrique »

Solar Ear : une innovation qui donne de la voix !

L’entreprise a développé une technologie innovante qui permet la fabrication d’appareils auditifs 80% moins chers que ceux offerts sur le marché et qui utilisent des batteries rechargeables à l’énergie solaire. En sachant que le prix des modèles traditionnels est élevé, les dépenses liées aux batteries  (non rechargeables) font en sorte que beaucoup d’individus n’ont pas les moyens d’y accéder ou de les entretenir. Par ailleurs, au sein des pays à faible revenu, les batteries ne peuvent généralement être trouvées que dans les grandes villes tandis que le chargeur solaire peut être placé à côté d’une fenêtre qui reçoit un fort éclairage durant la journée. Il faut environ six à huit heures pour recharger les batteries et celles-ci durent une semaine. De plus, elles respectent l’environnement, ce qui est important, compte tenu du fait que 200 millions de piles jetables sont répandues chaque année (Maloon, 2012).

Au Botswana, où l’innovation a été développée, le prix d’une pile standard est de 1 $ pour une durée de vie d’environ une semaine, alors que la plupart des habitants de ce pays gagnent entre 1,25 $ et 2,50 $ par jour. Les piles rechargeables quant à elle coûtent 2,50 $ et durent deux à trois années. De plus, les piles de Solar Ear sont compatibles avec la majorité des prothèses auditives disponibles sur le marché ce qui fait en sorte qu’elles peuvent être utilisées même si les personnes n’ont pas l’appareil développé par l’entreprise.

La perte auditive en quelques données
Plus de 665 000 enfants naissent chaque année avec une perte auditive significative. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 360 millions de personnes vivent avec une perte auditive dans le monde. Parmi eux, 32 millions sont des enfants, soit l’équivalent de la population du Perou ou du Venezuela (Nations-Unies, 2017). La perte d’audition est inégalement répartie à travers le monde et sa prévalence diminue avec l’augmentation des revenus. Autrement dit, les pays le plus pauvres sont ceux où la prévalence du problème est la plus élevée (OMS, 2013).

 

La mission de Solar Ear

Solar Ear veut améliorer l’éducation des enfants sourds en s’assurant qu’ils reçoivent ces appareils avant l’âge de trois ans et soient capables d’apprendre à parler pour aller à l’école avec tous les autres enfants, vu qu’il n’y a pas beaucoup d’écoles pour les déficients auditifs dans le monde, surtout dans les pays en développement. Howard Weinstein, le fondateur de Solar Ear, est un Canadien qui vit actuellement au Brésil et qui envisage un monde où tous les enfants sourds puissent avoir accès à l’éducation et travailler sans les limites imposées par le handicap.

La mission primordiale de Solar Ear est de briser le cercle vicieux de la pauvreté. Les personnes prisent dans ce cercle sont comme quelqu’un qui aurait beaucoup de difficulté à sortir d’une grande roue, après qu’elle celle-ci soit en mouvement. Il serait préférable que ces enfants puissent appartenir à d’autres cercles, comme celui qui mène à la réalisation professionnelle et personnelle.

Le cercle vicieux de la pauvreté

En plus de fournir des appareils auditifs moins couteux, Solar Ear recrute des personnes sourdes, ce qui a un impact significatif dans les communautés où l’entreprise est placée. Par ailleurs, la technologie développée par Solar Ear est open source, une vision de l’innovation  qui cherche à favoriser chaque fois plus de personnes dans le monde.

Présente en Afrique, en Chine et au Brésil, Solar Ear n’a pas l’intention de s’arrêter là et veut traverser d’autres frontières dans le monde dans les prochaines années, pour donner de la voix à tous ceux qui en ont besoin.

Une entreprise sociale qui répond aux Objectifs du Développement Durable

En 2015 les Nations Unies ont établi 17 objectifs pour atteindre un développement durable d’ici 2030. En effet, c’est un ensemble de petites et grandes actions qui peuvent faire la différence. Solar Ear est un bel exemple d’entreprise  en accord avec plusieurs Objectifs du Développement Durable (ODD), parce que son impact va au-delà des bénéfices individuels pour les personnes sourdes.

Une entreprise sociale est un modèle d’entreprise dont l’existence et les actions sont orientées vers la résolution d’un problème social comme la pauvreté ou l’isolement. Ce sont donc des objectifs principaux, tandis que la création de valeur économique (le profit) est nécessaire pour assurer sa viabilité financière (Mair & Marti, 2006).

La perte auditive non traitée coûte cher à tous

  La première liberté, c’est celle que confère la maîtrise de la parole, et […] la pire des aliénations […],  c’est de ne pas savoir parler et écrire d’une façon claire, correcte et précise, c’est d’être un sous-développé du langage, un paria de la communication verbale.

La citation de Jean-Louis Curtis (1995) fait réfléchir sur les conséquences liées à la perte auditive, car elles vont au-delà de la difficulté de communication. Cela touche profondément des droits fondamentaux des individus, qui sont sa liberté et son indépendance. La perte auditive est ainsi à la base de divers problèmes sociaux, comme la pauvreté et l’isolement.  Les troubles de communication sont reconnus comme un problème majeur de santé publique, car, non traités, ils nuisent au bien-être d’une société (Olysanya, 2005). Mais si cela a un prix élevé pour les individus souffrants, le coût social de la perte auditive est lui aussi important.

Clin d’œil sur les coûts de la perte auditive non traitée. OMS (2017).

Une analyse faite par l’Organisation mondiale de la Santé (voir pages 3-26) publiée cette année, indique que les conséquences liées à la perte auditive non traitée représentent un fardeau élevé pour les économies dans le monde entier. Le coût global est estimé à entre 750 et 790 milliards de dollars par année. Ce montant est réparti entre les coûts sociétaux, les conséquences de l’isolement, les difficultés de communication et la stigmatisation, les coûts dus à la perte de productivité, les dépenses des systèmes de santé et les impacts sur le secteur de l’éducation.

Mieux vaut tard que jamais, mais le plus tôt sera le mieux !

Malgré les constats négatifs explicités plus haut, il y a lieu d’être optimistes grâce au traitement précoce de la surdité. À la suite d’un diagnostic et d’un traitement précoce, la plupart des enfants ayant une perte auditive grave sont capables de développer les compétences de la parole d’une façon comparable aux enfants n’ayant pas de problèmes d’audition et âgées de 3 ans (Fulcher et al., 2012). Donc, pour agir sur les problèmes sociaux qui sont la conséquence de la surdité, le plus tôt est le mieux car si les handicapés apprennent à parler, il y aura beaucoup plus d’opportunités qui s’ouvriront à eux.

Si la détection de la perte auditive est tardive, cela compromet les compétences linguistiques et cognitives des enfants, comme la parole, l’apprentissage et le raisonnement. En conséquence, les enfants sourds et malentendants souffrent souvent de retard dans le développement de ces compétences, ce qui peut entraîner des retards d’apprentissage et d’autres difficultés non seulement à l’école, mais aussi dans la vie adulte. La plupart des enfants sourds et gravement déficients auditifs, sont rarement scolarisés dans les pays en voie de développement ce qui entraîne un taux de chômage plus élevé dans ce groupe de la population (OMS, 2013).

Les adultes qui souffrent d’une déficience auditive peuvent et doivent être traités. Cependant, afin de ne pas payer le prix fort lié à la perte auditive, à la fois pour ceux qui souffrent et aussi pour la société, il faudrait prendre en charge ce problème le plus tôt possible afin de garder des sourires comme ceux-ci :

place_releve_125Ce billet a été rédigé par une étudiante du séminaire PLU6048 – Connaissances et innovations en santé donné par la professeure Pascale Lehoux (Ph.D) Professeure titulaire. École de santé publique – Département d’administration de la santé, Université de Montréal.

En donnant la chance à des étudiants de publier des articles vulgarisés sur des problématiques de santé publique, Hinnovic s’assure de donner la parole à la relève!

RÉFÉRENCES

  • Fulcher A., Purcell A.A., Baker E., Munro N. (2012). Listen up: Children with early identified hearing loss achieve age-appropriate speech/language outcomes by 3 years-of-age. Intern. Journal Of Pedriatric Otorhinolaryngology. 76, 1785-1794.
  • Mair J, Marti I. (2006). Social entrepreneurship research: A source of explanation, prediction, and delight. Journal of World Business. 41(1), 36-44.
  • Maloon D. (2012). Solar-Powered Success for Hearing-Impaired in South Africa. The Hearing Journal, 65.
  • Olysanya, B. O. (2005). Can the world’s infants with hearing loss wait? International Journal of Pediatric Otorhinolaryngology, 69, 735-738.
  • Open Source Initiative. https://opensource.org/
  • Solar Ear. http://solarear.com.br/
  • Sustania. (2017). Solar-Powered Hearing Aids with Open Source Design. Récupéré le 21 septembre 2017 de: http://explorer.sustainia.me/solutions/solar-powered-hearing-aids-with-open-source-design.
  • United Nations. Department of Economic and Social Affairs, Population Division. (2017). World Population Prospects: The 2017 Revision, custom data acquired via website.
  • WHO. (2013). Millions of people in the world have hearing loss that can be treated or prevented. Récupéré le 21 septembre 2017 de: http://www.who.int/pbd/deafness/news/Millionslivewithhearingloss.pdf?ua=1
  • WHO. (2017). Global costs of unaddressed hearing loss and cost-effectiveness of interventions: A WHO report. World Health Organization. http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/254659/1/9789241512046-eng.pdf?ua=1
Auteure : Renata Pozelli Sabio
Étudiante du séminaire : PLU 6048 – Connaissances et innovations en santé
Université de Montréal
Hinnovic.org

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