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Rassurer, une compétence fondamentale du médecin

On a aimé!Un matin frisquet, en cherchant à réduire le nombre de courriels qui se bousculent dans ma boîte de réception, un titre attire mon attention : un spécialiste de médecine interne invite ses collègues à considérer les conséquences socio-économiques de leur pratique. Chose rare et d’autant plus appréciée qu’elle s’appuie sur des données probantes!

 

Dans son éditorial, le Dr Cathébras souligne que l’organisation actuelle des soins pousse les spécialistes à se concentrer sur les maladies et leur fondement biologique, plutôt que sur les malades et leurs symptômes. Cette orientation fait « qu’une plainte somatique est d’abord considérée comme l’indice d’une pathologie organique à démontrer ou à éliminer », ce qui entraine généralement une batterie de tests (2013 : 2).

 

Or, parmi les symptômes qui amènent les patients à consulter, certains sont dits « fonctionnels ». Ce sont des plaintes subjectives qui n’ont pas de causes organiques ou physiopathologiques avérées (ressentir, par exemple, des douleurs thoraciques à la suite d’un résultat normal d’examen des artères coronaires).

 

Les patients étant à la fois plus informés et plus inquiets, une meilleure prise en charge des symptômes bénins ou fonctionnels s’avère nécessaire. Ils représenteraient 60 millions de consultations par an aux États-Unis et seraient responsables de 4,8 % des dépenses de santé aux Pays-Bas, plus que le cancer ou les accidents vasculaires cérébraux.

 

Dans une « société extraordinairement médicalisée », le Dr Cathébras souligne que de louper potentiellement un diagnostic de maladie est considéré comme une faute professionnelle grave, alors qu’il n’est jamais « reproché aux médecins la cascade iatrogène des examens complémentaires » qui s’avèrent peu utiles (2013 : 3).

 

Ces examens sont non seulement coûteux en temps et en personnel, mais le fait de les prescrire dans le but explicite de rassurer provoque souvent l’effet contraire, notamment chez les patients anxieux qui somatisent davantage. Deux revues systématiques « (…) confirment que les examens complémentaires prescrits pour des symptômes n’ayant qu’une faible probabilité de relever d’une pathologie organique sévère n’ont presque aucune efficacité significative en matière de réassurance, d’anxiété globale, et de persistance des symptômes. » (2013 : 2).

 

Selon lui, « la première étape de la réassurance est de reconnaître le symptôme comme réel et la plainte comme légitime » (2013 : 2). Dire « on n’a rien trouvé » ou « il n’y a rien de grave » ne permet ni de soulager — composante émotionnelle de la réassurance — ni de modifier la perception des symptômes — composante cognitive. Rassurer relève d’une action psychothérapeutique et devrait être considérée et enseignée comme une compétence médicale fondamentale.

 

Auteure : Pascale Lehoux, Ph.D.
Hinnovic.org

 

Un commentaire

  1. hapax dit :

    Ce qui éminemment frustrant, c’est quand les médecins limitent leur intervention à de la « réassurance » à deux balles, sans informer les patients de leur condition. Au lieu de faire leur métier, ils préfèrent parfois vendre du rêve au patient et leur priver de l’information (parfois angoissante certes) que ceux-ci vient justement chercher auprès des spécialistes. C’est plutôt désespérant et tout sauf professionnel à mon avis, surtout lorsqu’on est à la recherche d’explications…

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