Quelles sont les innovations qui suscitent l’intérêt des médias?
Pour une majorité d’entre nous, les médias constituent la principale source d’information en matière d’innovation. Par conséquent, ils dictent ce sur quoi portera notre attention dans ce domaine. À partir de quelques règles de l’art journalistique, nous tentons ici de mieux comprendre ce qui fait qu’une innovation attire l’attention des médias plutôt qu’une autre.
La couverture médiatique de quatre technologies
Que l’on travaille dans le domaine de la recherche ou non, la majorité d’entre nous obtenons des informations sur les innovations en santé par l’intermédiaire des médias écrits, télévisés, radiophoniques ou encore, en fouillant sur Internet. Dans une certaine mesure, ces derniers dictent ce sur quoi portera notre attention dans ce domaine, en dehors de nos intérêts immédiats. Comprendre ce qui fait qu’une innovation attire l’attention des médias plutôt qu’une autre est utile à deux égards. D’abord, cela permet de développer un regard plus critique sur les informations que nous recevons chaque jour sur les innovations en santé. De façon un peu plus proactive, cela peut nous outiller lorsque nous souhaitons, comme chercheur, décideur ou organisme, attirer l’attention des médias vers des enjeux technologiques que nous jugeons d’intérêt pour tous. Nous avons fait un petit exercice d’analyse à partir de quelques résultats d’une étude où nous examinions la couverture de quatre innovations controversées (électrochocs, tests de dépistage du syndrome de Down, test de dépistage du cancer de la prostate et anti-inflammatoires COX-2) dans les quotidiens anglophones et francophones canadiens (de janvier 2000 à 2006). Nous partageons ici quelques constats avec ceux intéressés à comprendre comment des règles de l’art journalistique expliquent la nature de la couverture des innovations.
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L’électroconvulsothérapie (ECT), notamment utilisée pour traiter la dépression majeure, consiste à appliquer des électrodes sur les tempes du patient afin de provoquer une convulsion. De nos jours, ce traitement est pratiquée sous anesthésie générale et comporte l’administration d’un relaxant musculaire, l’oxygénation du patient, la surveillance constante de ses signes vitaux et l’application d’impulsions électriques courtes. Pour en savoir plus |
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Les tests de dépistage du syndrome de Down sont différentes technologies, principalement des tests sanguins et des échographies, utilisées au premier et/ou au deuxième trimestre de grossesse et qui visent à identifier la présence ou non du syndrome de Down ou de Trisomie 21 chez le fœtus. Pour en savoir plus |
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L’APS est un test sanguin qui consiste à mesurer le niveau d’une protéine appelée antigène prostatique spécifique (APS), protéine qui constitue un indicateur de la présence ou non d’un cancer de la prostate. |
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Les COX2 sont des anti-inflammatoires sous ordonnance, principalement utilisés pour soulager les douleurs chroniques ou celles reliées à l’arthrite. Pour en savoir plus |
Nombre d’articles publiés sur chaque technologie

Quelques règles (non exhaustives) de l’art journalistique
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Règle 1 : |
Créer l’événement. Les nouvelles sont essentiellement de la couverture d’événements. Il ne s’agit pas de parler d’une innovation en particulier, mais bien d’événements qui la concernent (Waddell et al, 2005). |
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Règle 2 : |
Démontrer que l’innovation concernée affecte une partie importante de la population : les actions des puissants de ce monde ont une plus grande valeur médiatique que celles des gens ordinaires. Plus le nombre de gens affectés par la nouvelle est grand, plus elle a de valeur médiatique (Weigold, 2001). |
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Encore ici, les COX-2 et l’APS touchent beaucoup plus d’individus que l’ECT et les tests de dépistage du SD :
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Règle 3 : |
Ne pas craindre la controverse : fort prisée des médias, la controverse permet d’alerter les lecteurs, de les informer d’enjeux importants et de créer un débat (Weigold, 2001). |
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Règle 4 : |
Contextualiser l’innovation : ce qui se passe ici et maintenant aura toujours plus d’attrait pour les médias que ce qui se passe à l’étranger, dans un passé ou un futur lointain et incertain (Weigold, 2001). |
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| Analyse inspirée d’un article en préparation : | “To what extent HTA and media rationality differ?", International Journal of Technology Assessment in Health Care |
| Auteurs : | Myriam Hivon, Ph.D. |
RÉFÉRENCES
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Waddell, C., Lomas, J, Lavis, J.L., Abelson, J., Shepherd ,C.A., Bird-Gayson, T. (2005). Joining the conversation: newspaper journalists’ view on working with researchers. Healthcare Policy 1(1), 123-139.
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Weigold, M.F. (2001). Communicating Science: a review of the literature. Science Communication 23(2), 164-193.






Par exemple, pour chacune des années où l’on remarque une augmentation du nombre d’articles sur les ECT ou les tests de dépistage du SD, correspondent des événements importants tels l’augmentation de la pratique des ECT au Québec ou la sortie d’un nouveau rapport qui, contrairement aux attentes, ne condamne pas cette technologie. On constate également que contrairement aux autres technologies, de très nombreux événements se rapportent aux COX-2 tout au long de la période couverte par notre étude: publications d’études sur les troubles gastriques et/ou cardiovasculaires des COX-2, changements dans la monographie de ces produits, retrait du Vioxx du marché, revue de l’innocuité de ces produits par des comités d’experts au Canada et plus de 7000 poursuites judiciaires en cours.
Encore ici, les controverses sont omniprésentes dans le cas des COX-2 et du Vioxx. Dès sa parution sur le marché en 2000, on remet en question son innocuité cardiovasculaire; les chercheurs ne s’entendent pas sur l’interprétation des résultats; son fabricant refuse la thèse des risques accrus de crise cardiaque; on remet en question la gestion de Santé Canada dans ce dossier. L’APS est également controversé parce qu’il s’agit d’un test peu sensible et peu spécifique; il n’est donc pas question de l’inscrire dans un dépistage massif; par contre, c’est ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle; il faut donc continuer d’encourager les hommes à être vigilants; les pour et les contre défraient les manchettes. À l’opposé, la controverse ne semble pas animer le débat médiatique au niveau des tests de dépistage du SD : ni l’accès à ces tests, ni leur existence ne sont remis en question dans les médias.
À en croire les spécialistes, de nombreuses recherches sur l’ECT sont publiées à travers le monde. Pourtant, ce n’est qu’à la sortie d’un rapport québécois effectué à la demande de la Ministre de la santé suite à l’augmentation de cette pratique au Québec, qu’on en parlera dans les médias. On consacrera également un grand nombre d’articles à une compagnie québécoise, Diagnocure, qui met au point un test complémentaire à l’APS. En plus d’être créé à Montréal, 15 millions de prescriptions de Vioxx ont été vendues au Canada. Suite au retrait du produit, de nombreuses poursuites judiciaires sont intentées au Canada et Santé Canada, elle-même, est mise sur la sellette. De quoi susciter l’intérêt de l’auditoire. À l’opposé, les tests de dépistage du SD sont encore peu accessibles au Québec et au Canada. Cela laisse entendre que l’accès à ces tests est de l’ordre du futur, ce qui peut expliquer en partie une couverture moindre.



