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Quand les innovations en santé s’invitent au bar

Quand les innovations en santé s'invitent au barLa scène semble surréaliste. Un bar bondé d’un quartier populaire d’une grande ville est le théâtre d’une discussion animée autour, non pas des performances de l’équipe de hockey locale, mais des innovations médicales. Le public, informé et intéressé, participe activement au débat lancé par un animateur et des chercheurs invités. Malgré un calme relatif, l’ambiance détonne avec le cadre habituel des conférences scientifiques dans des institutions universitaires. Que se passe-t-il? Un bar des sciences est en action!

 

Vous avez dit « bar des sciences »?

En sortant les sciences de leurs lieux habituels – universités, instituts de recherche, congrès scientifiques, etc. –, le bar des sciences (ou café scientifique) offre une occasion de discuter, selon un mode informel et sur la place publique, de sujets d’actualité scientifique. Cette intervention cherche à engager les experts scientifiques et un plus large public au sein d’un débat ouvert dans un cadre amical tel qu’un café, un bistrot, une brasserie, etc.

 

Pourquoi parler d’enjeux scientifiques et technologiques dans un bar?

Parler d'enjeux scientifiques dans un barL’ambition du bar des sciences est double (Lemieux, 2003). Il s’agit de démocratiser les sciences en les rendant plus accessibles et de faire en sorte que les experts comprennent mieux la société dans laquelle ils exercent leur métier. Proximité et dialogue sont deux termes clés pour le bar des sciences. En choisissant un bar comme lieu de rencontre et de débat, l’idée est d’abolir le plus possible les barrières qui peuvent intimider les participants et limiter leurs interventions. Un bar est également plus accessible, accueillant et convivial qu’une institution universitaire. L’originalité (et l’intérêt) de la formule tient aussi à son caractère inusité pour parler de sciences.

 

Il est intéressant de situer le bar des sciences par rapport aux trois grandes approches de la communication publique de la science : 1) la culture scientifique; 2) la compréhension publique de la science; et 3) la science et la société. Chaque perspective entrevoit la relation entre les sciences, les technologies et la société de manière différente et favorise des interventions spécifiques.

 

Approches de la communication publique de la science

Approche

Postulat

Objectif

Exemple

Culture scientifique

Déficit de connaissances scientifiques dans la société

Vulgariser, éduquer, informer

Magazine de vulgarisation scientifique

Compréhension publique de la science

Attitude négative de la société envers la science

Valoriser la science, consulter

Activités de promotion de la recherche scientifique

Science et société

Interaction continue entre la science, la technologie et la société

Dialoguer, engager le public dans les décisions, délibérer

Bar des sciences (ou café scientifique)

Source : Inspiré de Bauer, Allum et Miller (2007)

 

Le bar des sciences se retrouve au sein de l’approche « science et société ». Celle-ci écarte le « modèle déficitaire » des premières approches pour le remplacer par une reconnaissance explicite de l’interaction entre la science, la technologie et la société. Avec le bar des sciences, le but n’est pas de former des citoyens aptes à participer activement dans les décisions politiques à caractère scientifique et/ou technologique, de nourrir directement le politique par une consultation citoyenne ou de valoriser la science. Non. Le bar des sciences préconise le dialogue entre la sphère publique et la sphère scientifique, et favorise une confiance et un apprentissage mutuels.

 

Toutefois, l’expérience démontre que la nature des acteurs qui mettent sur pied les bars des sciences influence grandement les visées d’une même formule. Vulgarisation scientifique? Débat public? Promotion des activités de recherche? Consultation publique? Divertissement? Il s’agit bien souvent d’un mélange – plus ou moins heureux – de ces différentes formes.

 

La popularité grandissante des bars des sciencesCe qui est sans ambiguïté par contre, c’est la popularité grandissante des bars des sciences chez nous et ailleurs dans le monde. Au Québec et au Canada, il suffit de reconnaître le rôle de pionnier du magazine Québec Science, de certains cégeps et universités, ou des récentes initiatives entreprises par le Centre universitaire de santé McGill , le Centre des sciences de l’Ontario ou les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) pour s’en convaincre. Les IRSC sont d’ailleurs devenus un promoteur important ces dernières années en offrant du financement pour soutenir l’organisation de cafés scientifiques (dans le domaine de la santé uniquement1) à l’échelle nationale.

 

Cette effervescence autour des bars des sciences témoigne d’un intérêt certain pour la formule. Par contre, ils sont pratiquement absents des écrits scientifiques. Pourquoi? Lors d’entrevues menées pour un projet de recherche sur un bar des sciences (Demers-Payette, 2008) , des répondants ont souligné certains éléments pouvant expliquer ce silence : 1) le manque d’impact clair, 2) le fait que ce type d’événements ne rejoint qu’un petit nombre d’individus, 3) et la difficulté de définir précisément cette activité. Ceux-ci font également écho à une récente étude sur les événements informels de dialogue public sur la science (Davies et al, 2009). Il faut donc poursuivre notre réflexion sur les bars des sciences et sur les processus de collaboration qui cherchent à susciter un dialogue entre les sciences et la société. S’agit-il d’une lubie pour gens scolarisés uniquement? Sortons-nous réellement des approches qui préconisent la vulgarisation et/ou la promotion de la science et des technologies? Le jeu en vaut-il la chandelle?

 

Note 1 : 

Pour les IRSC, leurs Cafés scientifiques sont des plateformes de promotion de la recherche en santé au Canada (et conséquemment des chercheurs soutenus par les Instituts).

 

     
 

Consultez la page des extraits des bars des sciences

 

Vous pouvez écouter des extraits des deux bars des sciences organisés par la Chaire de recherche du Canada sur les innovations en santé via cette page.

 

 
     

Auteur : Olivier Demers-Payette
Candidat Ph.D.
Département d’administration de la santé
Université de Montréal

 

RÉFÉRENCES

  • Bauer, M. W., N. Allum et S. Miller. (2007). « What can we learn from 25 years of PUS survey research? Liberating and expanding the agenda », Public Understanding of Science, vol. 16, p. 79-95

  • Davies, S. E. McCallie, E. Simonsson, J. L. Lehr et S. Duensing. (2009). « Discussing dialogue : perspectives on the value of science dialogue events that do not inform policy ». Public Understanding of Science, vol. 18, no 3, p. 338-353

  • Demers-Payette, O. (2008). Débat public sur la valeur sociale des innovations médicales : l’expérience d’un Café scientifique. Mémoire de maîtrise, Université de Montréal.

  • Lemieux, R. (2003). Bar des sciences. Mode d’emploi. Montréal : Société pour la promotion de la science et de la technologie (SPST), 45 pages.

 

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