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Les événements indésirables dans les établissements de santé et de services sociaux: Quel est le problème? Y a-t-il des solutions?

Événements indésirables: Quel est le problème? Y a-t-il des solutions?Régulièrement, on entend parler de patients pour qui les soins ont mal tourné. Au-delà des cas individuels hautement médiatisés, quelle est l’ampleur des erreurs médicales ou, dans le langage scientifique, des événements indésirables? Quelles en sont les causes? Y a-t-il des solutions?

 

Définition et ampleur du problème

Un événement indésirable est généralement défini comme une blessure ou une complication causée par les soins reçus par un patient. Lorsque de tels événements se produisent, on parle de problème de sécurité des patients ("patient safety") ou de sécurité des soins.

 

L’événement qui a eu le plus d’écho et suscité une prise de conscience des autorités sanitaires est sans doute la publication en 2000 du rapport de l’Institute of Medicine (2000) des États-Unis "To err is human". Ce rapport estimait que jusqu’à 98,000 personnes mouraient chaque année aux États-Unis, victimes d’un événement indésirable.

 

Les problèmes de sécurité des patients ont été mesurés principalement pour les soins hospitaliers de courte durée physique. Des études menées dans différents pays ont montré qu’entre 3,7% et 16,6% des hospitalisations étaient associées à un événement indésirable. Une étude canadienne réalisée dans cinq provinces a trouvé un taux d’événements indésirables de 7,5%, dont 36,7% étaient évitables (Baker et al 2004). Une étude semblable réalisée au Québec a montré que 5,6% des admissions d’adultes pour diagnostics non Événements indésirables aussi présents dans les services d'urgence, soins psychiatriques, etcobstétricaux ou psychiatriques étaient associés à un événement indésirable; dans 26,8% des cas, l’événement indésirable a été jugé évitable (Blais et al 2004). Des événements indésirables ont aussi été observés dans d’autres contextes de soins, dont les centres pour personnes âgées, les soins ambulatoires, les services d’urgence hospitaliers et les soins psychiatriques.

 

Une enquête a été réalisée en 2007 par le Commonwealth Fund de New York auprès d’un échantillon de 1000 à 3000 patients dans sept pays industrialisés pour connaître leur perception de la qualité des soins de santé de toute nature qu’ils ont reçus au cours des deux dernières années (Schoen et al 2007). Les résultats montrent qu’entre 12% et 20% des patients déclarent avoir été victimes d’une erreur quelconque (médicale, médicamenteuse ou examen de laboratoire). Le Canada obtient le deuxième pire score avec 17% des patients.

 

Quelques causes des problèmes de sécurité

Les erreurs provenant de gestes posés par les individusÉtant donné la complexité des soins de santé et le grand nombre de personnes et de processus en jeu, il ne peut pas y avoir qu’une seule cause lorsqu’un problème de sécurité se produit. Cependant, on distingue généralement deux grands types de causes: les défaillances actives et les conditions latentes (Reason 1997). Les premières sont celles qui correspondent aux gestes immédiats posés par les individus et qui ont l’impact le plus direct sur la santé des patients: oubli ou distraction momentanés, écriture illisible dans les dossiers ou les ordonnances, erreur de calcul de dosage de médicament, etc. Cependant, derrière ces facteurs individuels se trouvent des conditions latentes qui produisent les défaillances actives. Ces conditions latentes sont des caractéristiques organisationnelles qui rendent l’environnement de travail propice aux erreurs: le manque de personnel,Les caractéristiques organisationnelles qui amènent aux erreurs une formation insuffisante, des installations physiques et de l’équipement inadéquats, des mécanismes de communication inefficaces, etc. Il est de plus en plus reconnu que la grande majorité des erreurs soient dues à ce genre de défaillances latentes au niveau du système plutôt qu’à l’incompétence ou la responsabilité individuelle (Institute of Medicine 2000).

 

Pistes de solutions

Quand des soins tournent mal, la première réaction de bien des gens est de tenter de trouver un coupable. Or, puisque les causes des problèmes sont davantage systémiques, il est préférable de modifier le système et les processus de soins plutôt que de blâmer les individus (Institute of Medicine 2000).

 

Pour avoir un système de santé sécuritaire, deux conditions préalables sont nécessaires: il faut développer une culture de sécurité et disposer des systèmes d’information requis pour la soutenir. Une culture de sécurité doit encourager tous les acteurs d’une organisation à prendre trois types d’actions:

  1. documenter les événements indésirables

  2. prendre les moyens nécessaires pour les prévenir

  3. réduire les conséquences des événements indésirables et corriger les processus fautifs.

 

Pour qu’un établissement puisse agir sur les zones problématiques de sécurité de ses soins, il lui faut un système efficace de recension des événements indésirables et d’analyse de leurs causes. Ce n’est qu’avec une documentation détaillée et continue qu’un établissement pourra mettre en place les deux autres types d’actions.

 

Des moyens concrets pour prévenir les événements indésirablesPour prévenir les événements indésirables, de grandes campagnes visant certains problèmes particuliers (ex : erreurs de médicaments, infections post-opératoires, pneumonie sous ventilation assistée) ont été lancées, telles que « 100 000 vies » aux États-Unis, « Soins de santé plus sécuritaires maintenant! » au Canada et « Ensemble, améliorons la prestation sécuritaire des soins de santé » au Québec. Parmi les moyens concrets, on retrouve les systèmes informatisés de prescription pour les médecins, les listes de contrôle pré-opératoires, les bracelets avec codes à barres pour assurer l’identification des patients, de meilleurs moyens de communications entre professionnels, etc. Lorsqu’un événement indésirable se produit, il faut s’assurer d’en informer le patient, ce qui n’est pas toujours facile, et analyser les causes profondes qui ont contribué au problème, pour ensuite apporter les mesures correctrices nécessaires.

 

Auteur : Régis Blais, Ph.D.
Département d’administration de la santé
Université de Montréal

 

RÉFÉRENCES

  • Baker GR, Norton PG, Flintoft V et al (2004). The Canadian adverse events study: the incidence of adverse events among hospital patients in Canada. Canadian Medical Association Journal 170(11): 1678-1686.

  • Blais R, Tamblyn R, Bartlett G et al (2004). Incidence d’événements indésirables dans les hôpitaux québécois. Rapport de recherche R04-06. Groupe de recherche interdisciplinaire en santé. Université de Montréal.

  • Institute of Medicine (2000). To err is human: building a safer health system. Washington, DC: National Academy Press.

  • Reason JT (1997). Managing the risks of organizational accidents. Brookfield, NY: Ashgate.

  • Schoen C, Osborn R, Doty MM et al. (2007). Toward higher performance health systems: adults’ health care experiences in seven countries, 2007.  Health Affairs 26 (6): w717-w734.

 

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