Hinnovic » Les animaux comprendraient mieux l’humain que l’humain lui-même (partie 1 de 2)

Les animaux comprendraient mieux l’humain que l’humain lui-même (partie 1 de 2)

Crédit photo : Adina Voicu via Pixabay CC

Des animaux arrivent à entrer en communication avec des enfants autistes alors qu’un thérapeute a échoué. D’autres annoncent, par leur comportement, la mort imminente d’un individu tandis que les médecins la prévoyaient pour plus tard. Enfin, certains abaissent la tension artérielle de quelqu’un par leur simple présence.

Gabriel, 7 ans, a de la difficulté à entrer en relation avec les enfants de sa classe car il est autiste. Justine, 10 ans, n’arrive pas à se confier à son thérapeute suite à la situation traumatisante qu’elle a vécue. Carole, 39 ans, se sent seule et inutile car elle est atteinte de dépression majeure. Marc, 42 ans, subit beaucoup de stress au travail, ce qui lui crée de l’anxiété. Claude, 66 ans, a perdu beaucoup d’estime de lui lorsqu’il a vu plusieurs de ses capacités dégrader à la suite de son troisième accident vasculaire cérébral. Adèle, 72 ans, ressent de la solitude due à l’isolement social depuis qu’elle est atteinte de démence.

Qu’est-ce que toutes ces personnes ont en commun ?

Chacune de ces personnes vit une situation qui lui amène des problèmes de santé mentale et pourrait voir son état grandement amélioré en utilisant la thérapie assistée par l’animale (TAA) tout en éprouvant un sentiment de mieux-être.

Qu’est-ce que la thérapie assistée par l’animale?

Dans la littérature scientifique anglaise, on fait référence au terme « Animal-Assisted Therapy (AAT) » pour définir l’activité qui favorise l’interaction positive entre l’humain et l’animal dans un processus de consultation. L’animal est un complément à la thérapie (Chandler, 2017). Fine (2010) défini l’AAT comme une forme de thérapie utilisant l’animal qui devient partie intégrante du traitement d’une personne. Ernst (2014) ajoute que ces thérapies peuvent impliquer des animaux domestiques (chiens, chats, cochons d’Inde), des animaux de ferme (chevaux, cochons) et des animaux marins (dauphins).  Comme le mentionne Chandler (2017) il importe de faire la différence entre Animal Assisted Activity (AAA) et Animal-Assisted Therapy (AAT). Selon cette auteure, la plupart des gens ont tendance à confondre AAA et AAT et à les regrouper sous la catégorie appelée : « animal assistance therapy ». Celle-ci précise qu’AAA implique principalement des visites avec un animal de thérapie, alors qu’AAT inclus des interactions entre humain et animal à l’intérieur d’un processus thérapeutique formel où les activités sont supervisées par des professionnels accrédités.

Au Québec, nous parlons plus de zoothérapie. Le centre de zoothérapie du Québec définie cette pratique comme suit : « La zoothérapie est une intervention qui s’exerce sous forme individuelle ou de groupe, à l’aide d’un animal familier soigneusement sélectionné et entraîné, introduit par un intervenant qualifié auprès d’une personne en vue de susciter des réactions visant à maintenir ou améliorer son potentiel cognitif, physique, psychologique ou social » (zootherapiequebec.ca).

D’où vient l’idée d’utiliser des animaux en thérapie?

Les premières mentions de la thérapie assistée par les animaux datent du 18e siècle dans une clinique en Angleterre. La pratique s’est répandue aux États-Unis, avant de finalement arriver ici au Canada (Laforte, 2017). Selon Ernst (2014), dès le début des années 1930, le psychanalyste Sigmund Freud est devenu partisan de l’AAT quand il a commencé à utiliser son chien favori pendant ses sessions de psychothérapies. Il croyait pouvoir déterminer le niveau de tension du patient en observant à quelle distance le chien se plaçait de ce dernier. Plus le chien était proche, plus le niveau de tension observé était bas et, au contraire, plus le chien s’éloignait du patient, plus la tension mesurée était élevée. Ce même auteur rapporte aussi que Boris Levinson, un psychiatre pour enfants respecté, a découvert par hasard au début des années 1960 qu’un de ses patients, autiste de 9 ans, a commencé à communiquer lorsque Jingle, son chien, était présent complètement par hasard à une séance. Jacobs (2013) ajoute qu’il a été le premier psychiatre à documenter les bienfaits thérapeutiques de l’interaction d’un chien avec un enfant autiste. Depuis, Levinson a intégré son chien aux plans de traitements individuels et est considéré par plusieurs comme le père de la thérapie assistée par l’animal (Fine, 2010). En 1989, la Delta Society, un groupe d’éducation animale bien connu aux États-Unis, maintenant appelé Pet Partners, a développé un programme de certification déterminant les compétences requises pour les gens qui travaillent avec un animal de thérapie (Ernst, 2014).

Le Québec suit le mouvement au milieu des années 1980 où l’institut universitaire en santé mentale Douglas est le premier établissement de santé à avoir intégré un service de zoothérapie en 1985. Par la suite Zoothérapie Québec est fondé en 1988 sous l’appellation de « Centre de comportement animal ». Puis en 1991, l’organisme change son appellation pour « centre de thérapie assistée par l’animal ». C’est en 1995 que l’organisme adoptera l’appellation « Zoothérapie Québec » qu’on connaît aujourd’hui.

En conclusion

Les exemples cités au début de l’article montrent à quel point la thérapie assistée par l’animale peut être appliquée à une très large clientèle aux prises avec des problèmes de santé mentale. La zoothérapie rejoint non seulement des personnes de tous âges, mais répond à un éventail très varié de problématiques. Cependant, pourquoi observe-t-on un écart entre l’état des connaissances et la pratique ?  Nous savons tous que la thérapie assistée par l’animal ou la zoothérapie existent. Cependant, quand nous ou quelqu’un de notre entourage vivons une problématique, la solution sera généralement d’emblée une thérapie conventionnelle, la prise de médicaments, ou la combinaison de ces deux moyens. Si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à y penser un instant en vous demandant combien de personnes dans votre entourage ont eu recourt à la thérapie assistée par l’animal? Vous avez possiblement du mal à en cibler ou en connaissez peut-être une seule. Et maintenant, combien ont pris ou prennent des médicaments, ont fait une thérapie conventionnelle ou ont utilisé les deux méthodes ? Vous manquez sûrement de doigts pour compter! Pourtant la thérapie assistée par l’animal donne des résultats positifs. Manque t’elle d’évidences sur lesquelles s’appuyer ou cache t’elle d’importantes considérations relevant du domaine de l’éthique ?

place_releve_125Ce billet a été rédigé par une étudiante du séminaire PLU6048 – Connaissances et innovations en santé donné par la professeure Pascale Lehoux (Ph.D) Professeure titulaire. École de santé publique – Département d’administration de la santé, Université de Montréal.

En donnant la chance à des étudiants de publier des articles vulgarisés sur des problématiques de santé publique, Hinnovic s’assure de donner la parole à la relève!

RÉFÉRENCES

Note : Vous pouvez lire la 2ième partie de
cet billet sur la thérapie assistée par l’animal en cliquant ici.
Auteur : Mélanie Flammia
Étudiante du séminaire : PLU 6048 – Connaissances et innovations en santé
Université de Montréal

Laisser un commentaire:

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaires modérés. Les commentaires hors sujet seront effacés.

Email this to someoneTweet about this on Twitter1Share on Facebook24Share on LinkedIn0Print this page