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Le guide alimentaire canadien innove… en s’inspirant du Brésil!

Le Guide alimentaire canadien a été publié pour la première fois en 1942. Il a par la suite été mis à jour à huit reprises afin de tenir compte des avancements en recherche et des changements dans les habitudes des consommateurs. La plus récente version du guide, « Bien manger. Bien vivre », dévoilée le 22 janvier 2019, innove sur plusieurs plans. Mais saviez-vous qu’en tenant compte du niveau de transformation des aliments il s’inspire largement du Guide alimentaire brésilien publié en 2014?

À quoi sert un guide alimentaire? Pourquoi doit-il évoluer?

Un guide alimentaire est destiné à nous aider à maintenir une diète saine et à manger des aliments variés. Son but est de nous amener à faire des choix alimentaires pour répondre à nos besoins en nutriments, améliorer notre santé et réduire le risque de maladies liées à la nutrition. Il est conçu à partir de consultations, d’enquêtes et de données probantes sur l’alimentation. Un guide synthétise ainsi de manière simple et pratique des informations nutritionnelles complexes (Santé Canada, 2016).

La classification en quatre groupes alimentaires — fruits et légumes, produits céréaliers, produits laitiers, et viandes et substituts — qui prévalait il y a dix ans est aujourd’hui désuète (Fardet & Rock, 2015). Par exemple, en 2007, le Guide alimentaire canadien ne faisait pas de distinction entre le riz et les céréales à déjeuner sucrées (Ministère de la santé du Canada, 2011). Bien qu’ils se classent tous les deux dans le groupe « produits céréaliers », ces aliments sont très différents. Le premier est un aliment complet, naturellement riche en glucides complexes et en fibres alimentaires tandis que le second est un produit raffiné et transformé, riche en sucres libres et à haute densité énergétique.

Un guide alimentaire doit donc tenir compte des transformations qui affectent la production des aliments. La forte industrialisation qu’a connu le secteur alimentaire a fait en sorte que plusieurs aliments ultra-transformés ont été ajoutés à notre diète. Et cette industrialisation a, en retour, été favorisée par nos changements de comportements. Au Canada, entre 1938 et 2001, les achats d’aliments non transformés ou peu transformés ont été progressivement remplacés par des aliments ultra-transformés (Moubarac et al., 2014). En clair, cela signifie que nous nous sommes éloignés de la cuisine et avons intégré des aliments prêt-à-consommer dans notre quotidien.

La force du Guide alimentaire brésilien

En 2014, le Guide alimentaire brésilien a été entièrement révisé. Son originalité est de reconnaître que nos comportements alimentaires ne sont pas dictés par les « nutriments », mais bel et bien par les repas (Ogilvie & Eggleton, 2016).

Ses principes de base sont les suivants :

  • L’alimentation ne se limite pas à un apport en nutriments;

  • Les recommandations diététiques doivent être adaptées à leur époque;

  • Une alimentation saine provient de systèmes alimentaires durables sur le plan social et environnemental;

  • Différentes sources de connaissances permettent de fournir des conseils diététiques judicieux;

  • Les directives diététiques doivent soutenir l’autonomie des personnes dans leurs choix alimentaires.

C’est dans cet esprit qu’il cherche à promouvoir des pratiques alimentaires saines, comme cuisiner à la maison en utilisant des aliments frais ou entiers, manger avec attention et en compagnie, et demeurer vigilant face au marketing des aliments ultra-transformés (Monteiro et al., 2016).

Le Guide brésilien ne met plus l’accent sur les groupes d’aliments et leurs éléments nutritifs, mais se base plutôt sur la classification NOVA qui regroupe les aliments selon leur niveau de transformation :

  1. Aliments très peu ou pas transformés (par ex., poisson frais);
  2. Ingrédients culinaires (par ex., huile);
  3. Aliments transformés (par ex., thon en conserve);
  4. Aliments ultra-transformés (par ex., coquille Saint-Jacques surgelée).

Cette classification est simple à appliquer dans la mesure où elle établit une hiérarchie entre les niveaux de transformation.

Classification - produit transformé

La «règle d’or» : préférez toujours les aliments naturels ou peu transformés et les plats fraîchement préparés aux aliments ultra-transformés

  • Recommandation 1: Faites des aliments naturels ou peu transformés la base de votre alimentation;
  • Recommandation 2: Utilisez des huiles, des graisses, du sel et du sucre en petites quantités pour assaisonner et cuire des aliments afin de créer des préparations culinaires;
  • Recommandation 3: Limitez l’utilisation d’aliments transformés en les consommant en petites quantités comme ingrédient dans des préparations culinaires ou dans des repas à base d’aliments naturels ou peu transformés;
  • Recommandation 4: Évitez les aliments ultra-transformés.

Connaissez-vous les ultra-transformés?

Les aliments ultra-transformés les plus consommés au Canada sont les boissons gazeuses, les jus de fruits, les pains emballés, les confiseries, les plats préparés et les sauces (Moubarac et al., 2017).

Répartition de l'apport quotidien total au Canada selon les groupes d'aliments NOVA

Source: Moubarac et al. (2017).

Au Canada et au Québec, presque la moitié des calories consommées au quotidien (respectivement 48% et 49%) provient des aliments ultra-transformés (Moubarac et al., 2017). Encore plus alarmant, la consommation de ces aliments est plus élevée chez les enfants des 9 à 13 ans (57% du total des calories) et chez les adolescents (55%) (Moubarac et al., 2017).

En général, plus on augmente le niveau de consommation des aliments ultra-transformés, plus on diminue la qualité de l’alimentation. Les diètes basées sur les aliments ultra-transformés sont plus riches en sucres libres, sodium, gras saturés et densité énergétique. Ils sont plus faibles en fibres et protéines. Ainsi, la qualité nutritionnelle de notre alimentation se détériore lorsqu’on y augmente la proportion d’aliments ultra-transformés (Monteiro et al., 2016).

Le Canada n’est pas seul dans cette tendance inquiétante, qui a des répercussions importantes sur la santé. Les pays industrialisés enregistrent une augmentation importante des taux d’obésité et les pays en développement semblent être dans la même voie.

Obésité et surpoids au Canada et au Québec

  • Selon l’OCDE, le Canada se classe parmi les pays ayant les taux d’obésité les plus élevés, soit au 5e rang, juste après les États-Unis, le Mexique, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.

  • L’enquête canadienne sur la santé menée par Statistique Canada révèle qu’en 2017, au Canada, 26,9% des adultes sont obèses et 36% sont en surpoids.

  • Alors que le portrait est similaire au Québec pour les adultes (obésité : 26,7%; surpoids : 35,8%), l’obésité et le surpoids touchent 25,9% des jeunes de 12 à 17 ans dans la province, comparativement à 27,9% pour le Canada.

  • À chaque année, près de 66 000 Canadiens meurent des suites de problèmes de santé associés à l’obésité. C’est l’équivalent de la population de la ville de Granby au Québec!

  • Au Canada, le fardeau économique annuel de l’obésité est estimé à 7,1 milliards de dollars canadiens.

Source : Statistique Canada (2017); Ogilvie & Eggleton (2016)

L’innovation dans le nouveau Guide canadien «Bien manger. Bien vivre.»

Le nouveau Guide canadien, qui a été très bien accueilli par les professionnels en nutrition, a adopté une approche similaire au Guide brésilien. Il recommande de limiter les aliments ultra transformés et d’accroître la consommation de fruits et légumes, d’aliments à grains entiers et des sources de protéines végétales, comme les légumineuses, les noix, les graines, plutôt que les protéines animales. Par rapport aux boissons sucrées, le guide est très clair : « faites de l’eau votre boisson de choix ».

Pour Bernard Lavallée, responsable du blog Le nutritionniste urbain, même si la nouvelle version est clairement appréciable, Santé Canada aurait pu aller plus loin et se rapprocher des recommandations brésiliennes. Selon lui, « Santé Canada ne verbalise pas suffisamment » qu’il faille réduire la consommation d’aliments ultra-transformés. Le guide insiste sur les nutriments en recommandant de limiter « la consommation d’aliments élevés en sodium, en sucres ou en gras saturés ». Selon Bernard Lavallée, le risque est de négliger de réduire la consommation de certains aliments ultra-transformés comme la margarine ou les yogourts sucrés à l’aspartame.

En somme, la nouvelle mouture du Guide alimentaire canadien adopte une approche plus holistique de l’alimentation, car elle propose aussi des stratégies pour rehausser la qualité des repas. Cuisiner plus et manger moins d’aliments ultra-transformés peut certainement faire partie de nos résolutions pour 2019!

 

Auteures : Renata Pozzelli, candidate au Ph. D., Équipe de recherche In Fieri, Université de Montréal, Milena Nardocci, nutritionniste spécialisée en santé publique

RÉFÉRENCES

  • Bronson D & Reynolds, J (2018). Big ideas or big food: It’s time for Canada’s healthy eating strategy. Ipolitics.
  • Fardet, A., & Rock, E. (2015). From a reductionist to a holistic approach in preventive nutrition to define new and more ethical paradigms. Healthcare, 3(4), 1054-63.
  • Gouvernement du Canada (2019). Guide alimentaire canadien.
  • Lavallée B. (2019), Guide alimentaire 2019 : Santé Canada en route vers le futur. Le Nutritionniste Urbain.
  • Ministère de la Santé du Brésil (2014). Département de la santé. Département d’attention de base. Guide alimentaire de la population brésilienne/ Ministère de la santé, département des soins de santé, département de la santé – 2. ed. – Brasilia : Ministère de la Santé, 2014. 156 p.
  • Moubarac, J. C., Batal, M., Martins, A. P., Claro, R., Levy, R. B., Cannon, G., et al. (2014). Processed and ultra-processed food products: Consumption trends in Canada from 1938 to 2011. Canadian Journal of Dietetic Practice and Research, 75(1), 15e21.
  • Moubarac J-C, Batal M, da Costa Louzada ML, Steele EM, Monteiro CA (2017). Consumption of ultra-processed foods predicts diet quality in Canada. Appetite, 108:512-520.
  • Monteiro CA, Cannon G, Levy RB et al. (2016) NOVA. The star shines bright. World Nutrition, 7, 28–38
  • Ogilvie, KK & Eggleton, A (2016). Obesity in Canada. A whole-of-society approach for a healthier Canada. Ottawa, Canada: The Standing Senate Committee on Social Affairs, Science and Technology.
  • Santé Canada. (2016). Examen des données probantes à la base des recommandations alimentaires : Résumé des résultats et impact sur le Guide alimentaire canadien. Lignes directrices.
  • Statistique Canada. (2017). Tableau 13-10-0096-01. Caractéristiques de la santé des canadiens, estimations annuelles.

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