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Le côté historique du VIH-SIDA : 1921-1981 (Partie 1 de 2)

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Crédit photo : David Sayer et Luke Jerram

VIH-SIDA : Voilà ce qui s’est passé entre 1921 et 1981 pour qu’on en arrive là

Cette histoire passionnante, Jacques Pépin, M. D., M. Sc., FRCPC., rattaché au Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke (CHUS), la détaille par le menu dans cet ouvrage – The Origins of AIDS – une enquête quasi-policière, reconstituant, à partir des années 1920, le tracé (« the chain of events ») d’un des agents infectieux les plus dévastateurs et insidieux des Temps modernes : un virus originant d’une sous-espèce de chimpanzés vivant exclusivement en Afrique centrale (où il a évolué à bas bruit durant des décennies) et d’où il est devenu, à force d’amplificateurs divers, pandémique, c’est-à-dire planétaire.

Dit autrement, ce que Pépin démontre avec maestria dans son bouquin de 293 pages, c’est que le VIH-SIDA a une histoire naturelle beaucoup plus longue que ce que l’on s’imagine habituellement; beaucoup plus longue que sa « naissance officielle », occidento-centrée, en juin 1981, dans les pages d’une publication américaine, Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR), liée au Centers for Disease Control. La revue scientifique mettait alors en lumière les cas de cinq jeunes hommes d’orientation homosexuelle, ayant souffert tous d’une forme grave de pneumonie, dont le facteur infectieux demeurait alors parfaitement inconnu. Il aura fallu attendre 1983 pour que les professeurs français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier isolent, et en cela ils seront les premiers au monde, le Virus de l’immuno-déficience humaine à l’origine du Syndrome de l’immuno-déficience acquise, ou VIH/SIDA.

Mais revenons, non pas à nos moutons, mais à nos chimpanzés évoqués initialement, car cette histoire du VIH-SIDA commence avec eux.

Du chimpanzé à l’homme

Nous partageons, à 99 % près, le même génome que celui d’un des grands primates africains, une sous-espèce de chimpanzés à qui la phylogénétique a attribué le nom latin de Pan Troglodytes troglodytes. Et il se trouve que « depuis au moins quelques centaines d’années, Pan t. troglodytes, ce singe d’Afrique centrale est porteur d’un microbe, le Virus de l’immuno-déficience simiesque, SIVcpz, lequel est génétiquement identique au VIH-1 », écrit Pépin dans son livre. De telles analyses, recoupées avec quelques calculs épidémiologiques, ont même révélé que 6 % des P.t. troglodytes étaient porteurs du SIVcpz et, oui, « ce virus fait en sorte que les chimpanzés ainsi contaminés par leurs congénères infectés développent aussi un syndrome semblable au SIDA humain », précise dans ses pages l’auteur-médecin.

Le saviez-vous ? Un seul cas véritable de guérison dans toute l’histoire de la maladie

Jusqu’à maintenant, le seul cas de guérison de toute l’histoire de la maladie est un Allemand du nom de Timothy Brown, contaminé au milieu des années 1980, dont l’AZT et les premiers essais de tri-thérapies ont maintenu en vie jusqu’au moment funeste – et en même temps salvateur – où il contracta une leucémie aiguë que seule une transplantation de moelle osseuse pouvait sauver…

Lisez la suite de son incroyable histoire…

Selon l’infectiologue « ce genre d’éléments est devenu irréfutable » aujourd’hui, grâce aux analyses biomoléculaires. De même, on connait de façon sûre les zones qu’a occupées et qu’occupe toujours ce primate, rencontré essentiellement en Afrique centrale, dans la poignée de pays suivante (les dénominations sont celles de la période coloniale) : Cameroun Français, Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari, Guinée espagnole, l’enclave Cabinda de l’Angola et la toute petite portion du Congo Belge se situant au nord de la rivière Congo. On a aussi pu estimer à un total de 1,35 million le nombre d’humains adultes, habitant ces pays en 1921, et qui étaient donc en contact potentiel avec les chimpanzés Pan t. troglodytes.

1921 est cette année – même si le Dr Pépin admet volontiers une marge d’erreur de plus ou moins 10 ans – où se serait produite, non pas la première infection trans-espèce SIV-HIV, car dans ces régions d’Afrique la cohabitation humains/Pan t. troglodytes remonte à 2000 ans, mais l’infection initiale – vraisemblablement survenue lorsqu’un chasseur de chimpanzé aura été contaminé, de sang à sang, par sa proie – ce « Ground Zero » de l’infection première qui, de proche en proche, d’évènement en évènement, se sera transformée en cette pandémie telle que nous la vivons depuis 35 ans maintenant, à l’échelle du globe.

Mais alors : si autant d’humains ont côtoyé ces chimpanzés que l’on suppose, pour une partie du moins, infectés depuis des siècles, pourquoi la pandémie (que nous avons vécue et que nous subissons encore) n’a-t-elle pas eu lieu plus tôt en Afrique, et ensuite dans le monde ?

Note : Accédez à la 2e partie de cet article sur l’histoire du VIH/SIDA en cliquant ici.

 

Actualités du VIH/SIDA
Récemment, lors de la 8e conférence sur la pathogenèse du VIH tenue à Vancouver le 20 juillet 2015, on a fait grand état d’une jeune fille de 18 ans… jeune survivante séropositive qui a fasciné autant les chercheurs que le grand public par sa rémission.

place_histoire_165Hinnovic croit qu’une bonne compréhension d’où nous venons nourrit nos réflexions sur où nous voulons aller.

C’est pourquoi il nous fait plaisir d’accueillir la chronique Place à l’histoire, de Luc Dupont.Luc Dupont Journaliste scientifique depuis 1984, Luc Dupont réfléchit depuis un bon moment sur le parcours de l’innovation en santé au Québec et ailleurs. Sa chronique nous permettra de revisiter notre passé pour s’en inspirer ou pour éviter de retomber dans les mêmes pièges!

Auteur : Luc Dupont
Journaliste scientifique

Un commentaire

  1. elengalaurdia@gmail.com dit :

    est ce que le chimpanzé meurt du virus?

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