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L’animal supérieur à l’humain? (partie 2 de 2)

Crédit : Maxipixel (Creative Commons).

Des animaux domestiques aux animaux entraînés pour l’assistance en thérapie en passant par les animaux de la ferme et les animaux marins, ils ont tous la capacité de nous détendre, nous apaiser et diminuer notre niveau de stress.

Nous vivons dans une société axée sur la réussite où nous devons constamment performer, être le meilleur, le premier, le numéro un, le plus efficace, le plus rapide, et ce, tant sur le plan professionnel que personnel. Cette pression sociale n’est certes pas sans amener sa dose quotidienne de stress. Au Japon, on va même jusqu’à laisser les gens apporter leur chat sur leur lieu de travail dans le but de diminuer le stress et améliorer l’efficacité des employés. Plus près de nous, la compagnie Purina, spécialisée en alimentation pour les animaux de compagnie, permet ce genre d’activité de façon ponctuelle.

Note : Vous pouvez lire ou relire la 1ère partie de ce billet sur la thérapie assistée par l’animal en cliquant ici.

 
L’activité assistée par l’animal serait-elle une retombée de la thérapie assistée par l’animal ?

Figure 1 The knowledge to action cycle

Dans la première partie de mon billet, j’ai différencié l’activité assistée par l’animal (AAA) de la thérapie assistée par l’animal (TAA). L’exemple cité ci-haut fait davantage référence à la première. Or il semblerait que l’AAA ait tout autant une vertu d’apaisement et de réduction du stress (Harvey, 2012). Par conséquent, lorsqu’on voit des initiatives de la sorte on peut se demander si la vie moderne exigeante et stressante est en train de donner naissance à des méthodes qui s’appuient sur les bienfaits de la thérapie assistée par l’animal sans le support d’un thérapeute spécialisé. Plus précisément, en se référant au modèle de Straus (2013) on peut présumer que l’animal est l’élément sur lequel s’appuiera le cycle d’évolution de la connaissance pour ensuite transposer l’innovation à la pratique (figure 1, Straus 2013).

La thérapie assistée par animal (TAA), est-ce que ça fonctionne?
Les critères objectifs versus les critères subjectifs

Toujours selon le modèle de Straus (2013), lorsqu’on en vient à l’étape de valider l’efficacité de la thérapie assistée par l’animal (figure 1, Straus 2013), deux méthodes s’offrent à nous. La première, plus traditionnelle, consiste à parcourir les recherches faites sur le sujet pour prendre connaissance des résultats (les critères objectifs). Cependant, l’autre moyen, plus subjectif, implique de comprendre l’impact à travers des vidéos ou des blogues existants, tel que démontré dans la section animaux et santé sur le site d’Hinnovic.  Bien sûr, cette façon d’aller chercher les résultats, ne reposant pas toujours sur la certitude des données probantes,  est un moyen simple de comprendre l’impact d’un phénomène. Il est vrai que les décideurs ont tendance à se fier sur des résultats obtenus par des devis expérimentaux pour décider de l’efficacité d’un nouveau type de traitement, mais les données subjectives ne sont pas à négliger puisqu’elles viennent de la clientèle elle-même ou des cliniciens qui côtoient cette clientèle (Mongeon, 2014).  En effet, il suffit de regarder la vidéo réalisée par Pascale Lehoux (2011) intitulée : « L’hippothérapie : la thérapie sourire » pour rapidement comprendre que l’équithérapie a démontré des effets positifs et plusieurs bienfaits dans les deux cas illustrés.

Par ailleurs, plusieurs recherches sur la thérapie assistée par l’animal ont été effectuées jusqu’à ce jour. La plupart de ces recherches arrivent à la conclusion que cette approche aurait un impact de réduction du niveau d’anxiété de la clientèle et que l’animal peut servir de « médiateur social » dans des contextes où le développement du lien thérapeutique est plus difficile (Mongeon, 2014). Bien qu’il existe une panoplie d’études concernant l’impact de la thérapie assistée par l’animal sur l’anxiété,  précisons celle de Chu et al (2009) rapportée par Mongeon (2014) qui démontre que la présence d’un animal aurait un effet psychothérapeutique sur les patients atteints de schizophrénie en leur procurant un sentiment de sécurité, d’estime de soi et d’identification. Ceci, les amenant à se confier plus aisément et leur procurant un rappel du confort d’un foyer familial. Ces éléments auraient pour effet d’abaisser leur niveau d’anxiété et de dépression. Toujours cité par cette même auteure, Lang et al (2010) qui s’intéressent à la même clientèle rapportent également une diminution significative du niveau d’anxiété comparativement au groupe contrôle, et ce, après une seule session de thérapie assistée par l’animal. Le constat le plus significatif lorsqu’on regarde l’impact de la thérapie assistée par l’animal d’un point de vue subjectif est l’amélioration de la communication et des contacts sociaux (Mongeon, 2014).

Quelles sont les barrières qui freinent l’utilisation des animaux en thérapie ?

Selon Tanasa (2008-2009) les trois principales barrières sont (1) les risques traumatiques qui peuvent être essentiellement causés par les chutes, les morsures ou les griffures des personnes en contact avec l’animal; (2) les risques allergiques et (3) les risques infectieux puisque les animaux peuvent transmettre un certain nombre d’infections bactériennes. Mongeon (2014) ajoute (4) la peur des animaux pour certaines personnes et (5) les différences culturelles à prendre en considération.

Et le sens moral ou l’éthique dans tout ça ?

Bien que les thérapies assistées par l’animal démontrent pour la plupart des résultats positifs, on peut se questionner sur le fait que le stress éventuel ressenti par les animaux est moralement acceptable. Qu’advient-il des besoins des animaux de thérapie? Dans quelles conditions vivent-ils (heures de travail trop longues, températures trop chaudes, espaces trop petits, pas suffisamment de temps pour se dégourdir, risque de se faire blesser par un client agressif, etc.). Que devient l’animal vieillissant qui est mis à la retraite et du coup est soudainement coupé du seul mode de vie qu’il a connu? Et que dire de l’entraînement des animaux de thérapie qui, selon Zamir (2006, dans Mongeon, 2014), peut être long, difficile et peu agréable pour l’animal?  Mongeon (2014) rapporte que nous avons tendance à croire que tout animal serait théoriquement en mesure de répondre positivement à n’importe quelle demande qu’on leur fait et qu’il  est peu considéré que l’animal pourrait ne « pas avoir envie » de participer à ce genre d’activité. In fine, nous avons probablement une vision anthropocentrique de la TAA.

En conclusion : pour ou contre l’utilisation des animaux en thérapie ?

Que prioriser entre l’amélioration de la qualité de vie des humains et les conditions de vie, parfois difficiles, auxquelles les animaux de thérapie sont soumis ? Pour une grande majorité, le bien-être des humains doit passer avant celui des animaux. Par contre, le bien-être de l’humain ne passe-t-il pas forcément d’abord par celui de l’animal ? Pensez-y un  instant : comment un animal pourrait vous venir en aide si ses propres besoins ne sont pas comblés, qu’il est effrayé ou maltraité ? Ceci dit, d’un point de vue éthique, je dirais qu’on peut être en faveur de l’utilisation des animaux en thérapie à condition que le thérapeute soit à l’écoute des besoins de l’animal, qu’il sache les décoder et qu’il les respecte. Dans le cas où l’animal devient instrumentalisé, tel que souvent induit par la vie contemporaine, je crois qu’il serait plus avisé d’éviter cette pratique comme solution aux carences psychologiques des humains et ce, pour le bien de tous !

RÉFÉRENCES

Auteure : Mélanie Flammia
Étudiante du séminaire : PLU 6048 -Connaissances et innovations en santé
Université de Montréal
Hinnovic.org

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