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Relativiser la cyberdépendance

Relativiser la cyberdépendancePoint de vue d’une organisation qui lutte contre la pédopornographie sur Internet

Si certains chercheurs pensent que la cyberdépendance est une nouvelle forme de dépendance sans drogue, d’autres spécialistes sont persuadés qu’il ne faut pas s’alarmer si on trouve que notre adolescent passe trop de temps devant internet ou sa console de jeux. Véronique Fima-Fromager, directrice de l’organisation Action Innocence France, nous donne son avis sur la cyberdépendance et tente d’éclairer les parents inquiets de ce nouveau phénomène.

 

 

Quelle est la mission de l’organisation Action Innocence?

 
 

« Action Innocence est une ONG fondée en 1999 en Suisse et en 2003 en France et dont la mission est de contribuer à préserver la dignité et l’intégrité des enfants sur Internet.

Action Innocence, c’est :

  • la prévention dans les établissements scolaires effectuée par des psychologues, à destination des enfants, des adolescents, des parents et des professionnels;

  • des campagnes de sensibilisation dans les médias;

  • la lutte contre le trafic de fichiers pédo pornographiques en collaboration avec les services de police et de gendarmerie en Europe. »

 

 
 

Que pensez-vous de la cyberdépendance?

 
 

« Selon certains spécialistes, dont Action Innocence partage le point de vue, il vaut mieux éviter de parler d’addiction ou de dépendance aux jeux vidéo à l’adolescence. En effet, à cet âge, tout évolue et peut changer très vite.

 

Le jeu excessif disparaît souvent à la fin de l'adolescenceLe jeu excessif disparaît le plus souvent à la fin de l’adolescence. Quand il persiste, il est toujours le signe d’une souffrance psychique personnelle (comme une déception amoureuse, une violence scolaire …) ou familiale (divorce, déménagement…). Exceptionnellement, il peut être l’expression d’un trouble de la personnalité (dépression, psychose).

 

Avant d’être alarmiste, il faut essayer d’évaluer à quel point l’enfant investit les univers virtuels : l’utilisation est-elle temporairement excessive ou est-elle devenue réellement pathologique ?  Le joueur joue-t-il par plaisir ou pour fuir un déplaisir ?

 

Dans cette évaluation, il est important de considérer le temps global passé devant les écrans quels qu’ils soient (télévision, ordinateur, console…).

 

Il faut aussi prendre en compte la baisse des résultats scolaires, la réduction des autres activités (notamment sportives), la tendance à l’isolement (appauvrissement du réseau relationnel), et l’usage régulier d’une substance toxique : tabac, haschich et café notamment. »

 

 
 

Que diriez-vous aux parents inquiets de l’utilisation que font leurs enfants de l’ordinateur, des jeux vidéo et d’Internet?

 
 

« Les jeux vidéo…

Si l’excès de jeux vidéo peut être préjudiciable au développement d’un adolescent, une pratique ludique peut au contraire développer certaines de ses aptitudes. Tout dépend du jeu.

 

Il ne s’agit pas d’occulter les risques de ces jeux, mais de conserver une approche objective car trop souvent, le jeu vidéo est une source d’incompréhension pour les non joueurs. Beaucoup d’adolescents se plaignent de ne pas pouvoir parler des jeux qu’ils aiment avec leurs parents. Il est pourtant essentiel d’instaurer un dialogue familial autour de ce loisir.

 

Limiter le temps de jeuLe rôle des parents est d’abord de limiter le temps de jeu, en établissant un contrat horaire et en vérifiant qu’il est respecté car le jeune qui n’a pas encore le contrôle de l’impulsion, n’arrive pas à s’arrêter tout seul même s’il en a envie. Pour la même raison, il vaut mieux couper l’accès à Internet la nuit.

 

Mais les parents doivent aussi accompagner leur enfant en s’intéressant à ses jeux, en lui posant des questions, voire en l’encourageant dans ses succès. Le joueur, en racontant l’histoire de son personnage, apprend en effet à prendre du recul, à verbaliser ses émotions et à les partager. En cas de problème, ne pas hésiter à consulter un spécialiste.

 

Par ailleurs, certains jeux sont extrêmement violents. C’est pourquoi il est fortement conseillé, avant d’acheter un jeu à un enfant, de vérifier s’il est adapté à son âge. Ces mondes virtuels peuvent rapidement créer une forme de dépendance, ne serait-ce que par leur aspect chronophage. Aux parents de poser des règles pour encadrer leur utilisation.

 

Le système européen de classification PEGI (Pan European Game Information) a été mis en place pour aider les acheteurs à trouver le jeu qui leur convient, notamment en fonction de leur âge. Enfin, en France, plusieurs partenaires institutionnels, professionnels et associatifs se sont réunis afin de créer PédaGojeux, un site d’information de référence sur les jeux vidéo et leurs usages. Il répond à deux objectifs : d’une part, sensibiliser le grand public sur les enjeux de la protection de l’enfance et sur le bon usage des jeux vidéo ; d’autre part, fournir aux parents et aux éducateurs une approche pédagogique autour des problématiques soulevées par le jeu vidéo.

 

L’ordinateur et Internet en général

Ces conseils sont applicables à l’utilisation d’Internet en général par les enfants et les adolescents. C’est aux parents de poser des limites et d’instaurer un cadre d’utilisation avec leurs enfants. L’éducation numérique doit aujourd’hui faire partie intégrante de l’éducation. »

 

 
 

Les enfants et les adolescents sont-ils parfois eux-mêmes inquiets?

 
 

« Il est assez étonnant de voir les adolescents parler entre eux de cyberdépendance. Ils sont assez incisifs sur ce sujet, n’hésitant pas à qualifier les plus accros de « NO LIFE ». Ce que les adolescents en pensentPour autant, ils ne sont pas forcément très inquiets, ni conscients du temps qu’ils passent réellement devant les ordinateurs ou les écrans en général. De plus en plus avouent se relever la nuit pour chater ou pour jouer… sans pour autant être considérés comme cyberdépendants. À noter également que certains tendent à distinguer le temps « scolaire » du temps de vacances, ce dernier étant souvent source de nombreuses heures passées devant les écrans. »

 

 
 

Quelles sont les prochaines activités de prévention prévues?

 
 

« Action Innocence intervient quotidiennement dans les établissements scolaires. Nous réfléchissons à de nouveaux modules de prévention pour suivre l’évolution de l’usage des nouvelles technologies par les mineurs. »

 

Invitée : Véronique Fima-Fromager
directrice
Organisation Action Innocence France
Journaliste : Pauline Boinot, M.Sc.

 

Un commentaire

  1. AFREG dit :

    Bonjour,
    Je suis AFREG, le webmaster d’un nouveau site http://www.pornodependance.com
    Mon site traite de la dépendance à la pornographie. En effet, une surconsommation de pornographie n’est pas sans séquelles. Elle entraîne une véritable addiction, et modifie la perception psychologique qu’ont les dépendants du sexe.
    La pornographie présente également une sexualité violente et phallocratique, niant la dimension affective du sexe.
    Je pense que ce thème rejoint celui de la cyberdépendance, car beaucoup d’addictions à la pornographie commencent par un visionnage compulsif de sites X sur Internet.
    Mon site propose un forum où les dépendants et leurs proches peuvent venir s’exprimer librement. Je souhaite réussir à former une véritable communauté de membres désirant s’entraider. Une mise à jour mensuelle est prévue, avec à chaque fois de nouveaux articles.
    En vous remerciant de m’avoir lu! (contact@pornodependance.com)

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