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La santé en un seul clic? Trois idées reçues à propos des jeunes natifs du numérique qu’il faut déboulonner

Nous avons tous en tête l’image d’un jeune avec les écouteurs bien ancrés dans les oreilles, téléphone intelligent à la main et pouces pitonnant. À l’ère de la santé numérique, nous pourrions croire que cette génération native du numérique accède facilement à la panoplie d’outils et de renseignements sur la santé disponible sur l’internet et via les applis.

En effet, de nombreux projets de recherche tentent d’exploiter les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) afin de mieux rejoindre et desservir les jeunes en matière de santé physique et mentale. Par exemple, il existe une appli pour aider les jeunes à prendre en charge leur diabète du type 1 (Holtz et al., 2017) et une plateforme en ligne spécialement conçue pour répondre aux besoins des jeunes ayant vécu un premier épisode de psychose (Alvarez-Jimenez et al., 2013; Lal et al., 2018).

Toutefois, certains jeunes n’ont pas toujours tous les outils en main pour bien comprendre et prendre en charge leur santé physique et mentale comme les promoteurs de la santé numérique le souhaiteraient. Voici donc trois idées reçues qu’il importe de déboulonner et de nuancer pour bien outiller ces jeunes :

 

1. L’omniprésence des TIC fait en sorte que les jeunes sont tous « branchés »

Quoique la grande majorité des jeunes utilise un ordinateur, une tablette ou un téléphone intelligent, les experts attirent notre attention sur l’existence de différents types de fossés numériques (digital divide). Ceux-ci résultent des facteurs socio-économiques et des capacités physiques et intellectuelles qui ont une incidence sur la capacité de certaines personnes de se procurer et de bien utiliser les nouvelles technologies afin d’en tirer les bénéfices recherchés (Scheerder et al., 2017). Ces facteurs sont d’autant plus importants en ce qui concerne la santé physique et mentale des jeunes afin que les fossés numériques n’engendrent pas de nouvelles barrières d’accès aux renseignements et aux soins de santé pour les jeunes n’ayant pas les moyens.

 

2. Les jeunes ont accès à une grande quantité de renseignements numériques sur la santé en « quelques clics»

Même si « Dr Google » nous permet maintenant d’accéder rapidement à une quantité de renseignements sur la santé impensable il y a à peine vingt ans, les jeunes natifs du numérique peuvent avoir de la difficulté à bien utiliser les moteurs de recherche puissants (St.Jean et al., 2015). Les habiletés sollicitées lors d’une recherche en ligne, soit des compétences avancées en lecture et en écriture, ainsi qu’une connaissance des termes clés et du jargon médical, ne sont pas acquises en « quelques clics ». Par exemple, en travaillant de concert avec un curriculum de santé physique et mentale, des programmes parascolaires d’alphabétisation numérique peuvent informer et outiller les jeunes avec des stratégies de recherche en ligne (St.Jean et al., 2015).

 

3. L’accès à des renseignements numériques sur la santé facilite la compréhension et l’application des bonnes pratiques

Avec la multiplication des informations trompeuses, erronées ou manipulées à des fins commerciales disponibles sur l’internet et via les applis, des outils de certification et d’évaluation des sites internet et des applis en santé se développent depuis quelques années, notamment le HONcode (https://www.hon.ch/HONcode/ du Health On the Net Foundation et le Mobile App Rating Scale de Stoyanov et al. (2016). Néanmoins, ces mesures atteignent peu de gens et les lecteurs et les consommateurs sont laissés à eux-mêmes pour démêler de l’information souvent contradictoire, ou pour assumer les risques en suivant un programme de santé sur une appli.

Les jeunes n’ont pas toujours les aptitudes d’analyse et de réflexion critique pour bien cerner l’information et prendre une décision éclairée pour leur bien-être physique et mental. D’ailleurs, des parents ont déjà exprimé des inquiétudes face à de l’information trompeuse sur l’internet qui pourrait avoir un impact néfaste sur le rétablissement de leurs jeunes ayant vécu un premier épisode de psychose (Lal et al., 2017).

Selon Yoram Eshet, l’alphabétisation numérique nécessite une variété d’habiletés complexes, dont des habiletés cognitives, motrices, sociologiques et émotionnelles afin de bien naviguer dans un environnement digital (Eshet et al., 2012, p. 267). Les programmes d’alphabétisation numérique offerts dans un contexte scolaire ou parascolaire sont donc d’autant plus importants dans notre société qui produit de nouvelles TIC à une vitesse fulgurante, car même si les TIC évoluent et changent nos façons de travailler, de s’informer et de se soigner, les compétences de pensée critique et de recherche demeurent les mêmes et doivent être développées et mises en pratique au même titre que les compétences techniques.

Enfin, la santé numérique détient un potentiel inouï pour bien desservir les besoins des jeunes. Cependant, à l’aube de la révolution de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé, il est urgent de bien comprendre les barrières sociologiques et éducationnelles, tels l’accès aux nouvelles technologies, la capacité d’effectuer des recherches en ligne et la capacité d’identifier des renseignements de qualité afin d’atténuer les effets non désirés pour les premières générations à vivre cette transition.

Pour en savoir plus…

L’infographie « Jeunes Canadiens dans un monde branché » place des chiffres sur certaines des problématiques :

(Cliquez sur l’image pour la visualiser)

RÉFÉRENCES

    • Alvarez-Jimenez, M., Bendall, S., Lederman, R., Wadley, G., Chinnery, G., Vargas, S., Larkin, M., Killackey, E., McGorry, P. & Gleeson, J. (2013). On the HORYZON: Moderated online social therapy for long-term recovery in first episode psychosis. Schizophrenia Research,(1), 143-149. doi:10.1016/j.schres.2012.10.009
    • Eshet, Y. (2012). Thinking in the digital era: a revised model for digital literacy. In E. B. Cohen (ed.) Issues in informing science & information technology, volume 9. pp. 267-276.
    • Holtz, B.E., Murray, K.M., Hershey, D.D., Dunneback, J.K., Cotten, S.R., Holmstrom A.J., Vyas, A., Kaiser, M.K., Wood, M.A. (2017). Developing a patient-centered mHealth app: a tool for adolescents with type 1 diabetes and their parents. JMIR Mhealth Uhealth, 5(4), e53. doi:10.2196/mhealth.6654
    • Lal, S., Daniel, W., Rivard, L. (2017). Perspectives of family members on using technology in youth mental health care: A qualitative study. JMIR mental health, 4(2), e21. doi: 10.2196/mental.7296
    • Lal, S., Gleeson, J., Malla, A., Rivard, L., Joober, R., Chandrasena, R., Jimenez, M-A. (2018). Cultural and contextual adaptation of an eHealth intervention for youth receiving services for first-episode psychosis: adaptation framework and protocol for Horyzons-Canada Phase 1. JMIR Research Protocols, 7(4):e100. doi: 10.2196/resprot.8810
    • Scheerder, A., van Deursen A.,van Dijk, J. (2017). Determinants of internet skills, uses and outcomes. A systematic review of the second- and third-level digital divide. Telematics and Informatics, 34, 1607-1624. http://dx.doi.org/10.1016/j.tele.2017.07.007
    • St. Jean, B., Subramaniam M., Greene Taylor, N., Follman, R., Kodama, C. (2015). The influence of positive hypothesis testing on youths’ online health-related information seeking. New Library World, 116(3/4), 136-154. doi: 10.1108/NLW-07-2014-0084
    • Stoyanov, S.R., Hides, L., Kavanagh, D.J., Wilson, H. (2016). Development and validation of the user version of the Mobile Application Rating Scagle (uMARS). JMIR Mhealth Uhealth, 4(2), e72. doi:10.2196/mhealth.5849
Auteures : Lysanne Rivard, Ph.D.
Hinnovic.org
Shalini Lal, Ph.D.
Chaire de recherche du Canada en innovation et technologies
CRCHUM / Université de Montréal

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