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La responsabilité professionnelle des médecins et la FIV

La responsabilité professionnelle des médecins et la FIVDans le débat sur la fécondation in vitro (FIV) qui a resurgi sur la scène publique ces dernières semaines, on a peu abordé la responsabilité professionnelle des médecins spécialistes de la reproduction.

 

Dans un article paru en janvier 2014 dans le British Medical Journal, un groupe de chercheurs en gynécologie-obstétrique se demandait si on ne surutilise pas la FIV1. À l’origine, en effet, la FIV devait pallier l’obstruction des trompes de Fallope (qui permettent la migration de l’ovule vers l’utérus et, éventuellement, vers les spermatozoïdes). Or les praticiens de la reproduction n’ont pas mis longtemps à étendre les indications médicales à d’autres types de problèmes de fertilité.

 

Résultat? On propose la FIV pour des infertilités inexpliquées, pour une lenteur à concevoir jugée indue, pour des infertilités masculines; on la propose à des femmes ménopausées, à des couples gais recourant à une mère porteuse qui utilisera un ovule d’une donneuse, etc. On propose ainsi la FIV à des femmes parfaitement saines, alors que l’on connaît certains des risques auxquels on expose ces femmes et les enfants à naître (notamment syndrome de l’hyperstimulation ovarienne, complications lors de la grossesse et de l’accouchement, prématurité, malformations congénitales, retard de croissance, etc.).

 

Je ne crois pas que les médecins imposent ces choix aux femmes. Je suis même convaincue qu’en général les femmes sont tout à fait consentantes quand elles ne demandent pas elles-mêmes la FIV. Mais est-ce que le souhait de recourir à la FIV doit nécessairement être comblé? Les médecins n’ont-ils pas la responsabilité professionnelle de ne pas provoquer de problèmes de santé? N’ont-ils pas la responsabilité d’expliquer aux patientes les raisons pour lesquelles une procédure n’est pas appropriée pour elles?

 

Une clinique de fertilité de Montréal annonce sur son site Internet que depuis 2010 elle n’offre plus la FIV ni l’insémination artificielle à des femmes de plus de 43 ans parce que «les chances d’obtenir une naissance vivante sont minimes» chez ces femmes, ni non plus à celles dont l’indice de masse corporelle dépasse 35 du fait des complications d’une grossesse pour elles. Cette clinique fait la démonstration que refuser des demandes est possible.

 

Mais que s’est-il passé en 2010, au juste? Un grand compromis : l’acceptation par l’État de payer 3 essais de FIV en échange du transfert d’un seul embryon à la fois par essai (ou 2, exceptionnellement) (voir http://www.hinnovic.org/le-remboursement-de-la-fiv-au-quebec-une-mauvaise-politique/ ).

 

Il a donc fallu ce compromis pour que les équipes médicales renoncent à la pratique très courante et reconnue comme étant dangereuse de transférer 3 ou 4 embryons à la fois dans l’utérus de la mère.

 

La leçon à tirer de tout ceci? Ce ne sont pas tant les données probantes qui sont manquantes dans les décisions, encore que l’évaluation sérieuse des pratiques de procréation assistée reste à faire. Ce qui manque le plus actuellement, c’est la volonté des équipes médicales d’assumer leur responsabilité professionnelle et la volonté publique de limiter les risques de ces pratiques pour la santé des femmes et des enfants.

 

     
 

Texte publié dans La Presse, 17 mai 2014

 
     

 

Auteure : Geneviève Daudelin, Ph.D.
Hinnovic.org

 

RÉFÉRENCES

  1. Esme I Kamphuis, S. Bhattacharya, F Van der Veen, BWJ Mol, A Templeton, the Evidence Based IVF Group. 2014. Are we overusing IVF?. British Medical Journal, 348 : g252, 28 janvier 2014. doi: 10.1136/bmj.g252

 

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