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La méditation, ennemie du vieillissement du cerveau ?

Meditation – luckey_sun via Flickr

La méditation peut être définie comme « l’action de penser avec une grande concentration d’esprit pour approfondir sa réflexion ou d’avoir une pensée réfléchie et concentrée sur un sujet particulier ».

Une étude pilote réalisée par des chercheur(e)s de l’Inserm en France suggère qu’une longue pratique de la méditation au cours de la vie permettrait de lutter entre autres contre le vieillissement du cerveau et certaines maladies neurodégénératives comme Alzheimer.

Incluant un total de 192 personnes, l’étude de l’Inserm (Chételat et al., 2017) a comparé les résultats de plusieurs techniques d’imagerie médicale du cerveau de 6 personnes expertes en méditation âgées de 60 à 70 ans (de 15 000 à 30 000 heures de méditation) avec 186 personnes faisant partie du groupe contrôle, âgées quant à elles de 20 à 87 ans. Dans le groupe contrôle, les résultats d’imagerie de 67 personnes âgées de 55 à 75 ans ont été spécifiquement comparés avec ceux des 6 méditants tandis que les autres personnes ont servi à cartographier les changements fonctionnels du cerveau à différents âges.

Premièrement, les résultats des données acquises par imagerie par résonnance magnétique et tomographie par émission de positons (TEP) montrent que les cerveaux des experts en méditation possèdent des volumes de matière grise plus importants dans plusieurs zones comme le cortex insulaire, le cortex frontal et cingulaire ou encore le carrefour temporo-pariétal.

Deuxièmement, les résultats ont montré un plus grand métabolisme du glucose chez les cerveaux des méditants. La TEP permet en effet de mesurer le métabolisme du cerveau par injection d’un traceur constitué de fluorodéoxyglucose. Très légèrement radioactif, ce composé injecté dans le corps donne une très bonne indication de la métabolisation du glucose par les cellules du cerveau, c’est-à-dire leur activité. Le vieillissement a un impact direct sur le métabolisme du glucose par le cerveau des mammifères. Plus le glucose est facilement métabolisé, plus le cerveau peut assurer ses fonctions (Mergenthaler et al., 2013). Or, comme le mentionnent les auteurs de l’étude, on sait qu’avec l’âge, « la diminution de la matière grise et la baisse du métabolisme du glucose sont associées avec un déclin des performances cognitives, spécialement en ce qui concerne les fonctions exécutives et la mémoire épisodique » (traduction libre). En conjonction avec ces deux caractéristiques du vieillissement du cerveau, la présence de plaques amyloïdes dans certaines régions sont caractéristiques des risques accrus de démence et de développement de la maladie d’Alzheimer.

Les résultats suggèrent donc que la méditation pratiquée sur le long terme a pour effet de lutter contre le vieillissement de certaines zones du cerveau connues pour subir un déclin tant sur le plan structurel que fonctionnel. Enfin, l’équipe de recherche de la chercheure Gaël Chételat insiste sur la littérature scientifique qui montre que la « pratique de la méditation réduit le stress, l’anxiété, la dépression, l’insomnie, le sentiment de solitude, l’exclusion sociale et est même associée à la diminution des risques cardiovasculaires chez les personnes âgées » (Chen et al., 2012; Innes et Selfe, 2014; Schneider et al., 2012).

Capture d’écran de l’émission Banc Public. Crédit : Télé Québec.

Mais il y a plus. Non seulement la méditation a des effets bénéfiques sur le vieillissement du cerveau en modifiant sa structure, mais elle permettrait aussi de réduire le cholestérol, de lutter contre les douleurs chroniques ou encore de minimiser les complications postchirurgicales, comme l’explique l’ex-ingénieure biomédicale et professeure de méditation Laurence Mercier dans cet épisode en 2 parties de l’émission Banc Public de Télé-Québec. Le professeur et chercheur à l’Université de Montréal Pierre Rainville (neuropsychologie) y explique notamment que la méditation pleine conscience permet de mieux tolérer la douleur et de rendre la réponse immunitaire plus vigoureuse (Grant et al., 2013; 2011).

Alors que selon certains archéologues la pratique méditative remonte à aussi loin que 5000 ans, de plus en plus de personnes y voient un moyen de lutter contre la frénésie de notre époque et l’accélération de nos rythmes de vie. La science s’intéresse elle aussi aux bienfaits qu’elle peut apporter pour la santé et plus spécifiquement dans la lutte au vieillissement de nos cerveaux. Nul doute que nous aborderons encore le sujet sur Hinnovic.

À méditer donc…

Auteur : Jérémy Bouchez
Hinnovic.org

RÉFÉRENCES

  • Chen, K. W., Berger, C. C., Manheimer, E., Forde, D., Magidson, J., Dachman, L., & Lejuez, C. W. (2012). Meditative Therapies for Reducing Anxiety : a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Depression and Anxiety, 29(7), 545‑562. https://doi.org/10.1002/da.21964
  • Chételat, G., Mézenge, F., Tomadesso, C., Landeau, B., Arenaza-Urquijo, E., Rauchs, G., André, C., de Flores, R., Egret, S., Gonneaud, J., Poisnel, G., Chocat, A., Quillard, A., Desgranges, B., Bloch, J-G., Ricard, M., Lutz, A. (2017). Reduced age-associated brain changes in expert meditators: A multimodal neuroimaging pilot study. Scientific Reports. 7. https://www.nature.com/articles/s41598-017-07764-x
  • Grant, J.A., Duerden, E.G., Courtemanche, J., Cherkasova, M., Duncan, G.H. and Rainville, P. (2013). Cortical thickness, mental absorption and meditative practice: possible implications for disorders of attention. Biological Psychology, 92, 275-281. https://doi: 10.4155/bio.12.258
  • Grant, J.A., Courtemanche, J., and Rainville, P. (2011). A non-elaborative mental stance and decoupling of executive and pain-related cortices predicts low pain sensitivity in Zen meditators. Pain,152, 150-6.  https://doi:10.1016/j.pain.2010.10.006.
  • Innes, K. E., & Selfe, T. K. (2014). Meditation as a Therapeutic Intervention for Adults at Risk for Alzheimers Disease – Potential Benefits and Underlying Mechanisms. Frontiers in Psychiatry, 5. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2014.00040
  • Mergenthaler, P., Lindauer, U., Dienel, G. A., & Meisel, A. (2013). Sugar for the brain: the role of glucose in physiological and pathological brain function. Trends in Neurosciences, 36(10), 587‑597. https://doi.org/10.1016/j.tins.2013.07.001
  • Schneider, R. H., Grim, C. E., Rainforth, M. V., Kotchen, T., Nidich, S. I., Gaylord-King, C., Salerno, J. W., Kotchen, J. M., Alexander, C. N. (2012). Stress Reduction in the Secondary Prevention of Cardiovascular Disease: Randomized, Controlled Trial of Transcendental Meditation and Health Education in Blacks. Circulation: Cardiovascular Quality and Outcomes, https://doi.org/10.1161/CIRCOUTCOMES.112.967406

 

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