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La médecine régénérative et la nanomédecine en lutte contre le vieillissement

La médecine régénérative et la nanomédecine en lutte contre le vieillissementNaissance d’un nouveau paradigme biomédical

Annulant la distinction entre le normal et le pathologique, la médecine régénératrice vise à reproduire artificiellement les processus biologiques permettant au corps de se reconstituer aux niveaux tissulaire, cellulaire et moléculaire. Il ne s’agit plus, comme dans le cas de la médecine clinique, de conserver l’état d’équilibre du corps en luttant contre les maladies, mais plutôt de combattre la dégénérescence en elle-même.

 

Ainsi, l’objectif n’est plus la guérison, mais bien la régénération, ce qui en soit ne suppose aucune limite. Définie par les IRSC comme une série de « mesures ou interventions biomédicales spécialisées à l’échelle moléculaire qui servent à diagnostiquer et à traiter des maladies ou à redonner leurs fonctions à des tissus ou à des organes endommagés », la nanomédecine est au centre de ce nouveau paradigme biomédical (IRSC, 2005). Aux yeux d’un grand nombre d’experts internationaux, l’une des principales questions éthiques soulevées par le développement de la nanomédecine et de la médecine régénératrice réside dans l’effacement des frontières entre guérison et amélioration. Ainsi, le vieillissement devient en lui-même une maladie qu’il faut combattre et les personnes âgées ne sont perçues que sous l’angle de la dégénérescence. Au delà du traitement clinique des maladies, ce nouveau paradigme biomédical vise précisément à améliorer les capacités humaines par le biais de nanorobots et de la maîtrise des processus moléculaires responsables de la sénescence cellulaire. À ce titre la National Science Foundation a publié un rapport intitulé Converging Technologies for improving Human Performance qui présente les potentialités de la nanomédecine sous l’angle d’une amélioration des performances du corps humain, notamment en matière de lutte contre le vieillissement (NSF, 2002).

 

La manipulation de tissus humain par nanotechnologieLa médecine régénérative et la nanomédecine sous-tendent une logique de façonnement et de contrôle des processus biologiques qui s’apparente davantage à la bio-ingénierie qu’à la clinique médicale. La commercialisation, la reproduction et la manipulation de tissus humains de remplacement supposent un modèle technique du corps où le travail du chirurgien se rapproche de celui de l’ingénieur. Informaticien de formation, le biogérontologue anglais Aubrey de Grey incarne, de manière radicale, cette figure du bio-ingénieur, affirmant sans ambages que « la vieillesse est une condition médicale » et que « la médecine est une branche de l’ingénierie » (de Grey, 2008). Le projet de contrôler et de manipuler les mécanismes biologiques liés au vieillissement procède d’une volonté de « redesigner » le corps humain. Ainsi, ce nouveau paradigme biomédical ne repose plus sur la représentation classique du corps/machine, mais bien sur une vision moléculaire du corps composé de multiples machines cellulaires.

 

Quand le vieillissement devient une maladie chronique

Voir la vieillesse comme une maladie chronique plutôt qu'une étape du parcoursTant du côté des instances américaines que du côté de la Commission européenne, le glissement vers une médecine méliorative soulève d’importantes questions éthiques quant aux modifications possibles de l’identité humaine (The European Group on Ethics in Science and New Technologies of the European Commission, 2007 ; President’s Council on Bioethics, 2003). Visant explicitement à comprendre et à contrôler les processus moléculaires et cellulaires à l’origine de la sénescence et du vieillissement biologique, la médecine régénérative et la nanomédecine sont porteuses de représentations de la vieillesse et du corps vieillissant. Le développement, au cours du dernier siècle, de professions médicales exclusivement consacrées à la vieillesse a eu pour conséquence de favoriser l’effacement progressif de la distinction entre vieillissement et maladie. Créées en vue de prévenir et de soigner les pathologies attribuables à la dégénérescence physique causée par l’âge, la gérontologie et la gériatrie sont ainsi devenues les piliers des politiques de régulation et de contrôle des populations âgées. Tout en permettant le maintien en vie d’un nombre toujours croissant d’individus autrement décédés, la médicalisation de la vieillesse contribue néanmoins à l’assimilation de cette dernière à une maladie chronique. Loin d’être un phénomène isolé, cette tendance à concevoir le vieillissement comme une défaite est de plus en plus répandue dans le milieu de la recherche biomédicale. Non seulement la médecine régénérative et la nanomédecine participent à cette logique de médicalisation du vieillissement, mais elles contribuent au développement d’une conception purement négative en termes de dégénérescence.

Auteure : Céline Lafontaine
Professeure agrégée
Département de sociologie
Université de Montréal

 

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