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La fécondation in vitro

La fécondation in vitroActuellement, au Canada, il en coûte environ 10 000$ pour un cycle de fécondation in vitro (FIV), c’est-à-dire la stimulation hormonale des ovaires, la ponction des multiples ovocytes produits, la préparation du sperme, la fécondation in vitro elle-même, le transfert d’embryon(s) dans l’utérus, le suivi médical à chacune de ces étapes et la congélation des embryons produits en surplus. Faut-il alors se surprendre de l’hésitation – ou du refus – d’autorités publiques de financer les pratiques de FIV par le biais des régimes publics d’assurance-santé?

 

 

Et faut-il se surprendre des pressions exercées par les personnes infertiles pour obtenir ce soutien, les compagnies d’assurance privées ne couvrant pas – ou pas entièrement – les dépenses encourues?

 

Les étapes typiques de la fécondation in vitro

Les étapes typiques de la fécondation in vitro

 

Les décisions de financer la FIV connaissent en fait de grandes variations selon les pays et même selon les régions d’un pays. Souvent, des limites d’accès sont établies : les critères médicaux (cause et durée de l’infertilité, âge de la mère, nombre d’essais, etc.) côtoient fréquemment des critères sociaux (situation maritale, orientation sexuelle, enfants déjà nés, etc.) dans la sélection des candidates à la FIV.

 

Les tendances actuelles du financement public

Elective Single Embryo TransferDepuis quelque temps, une tendance semble prégnante dans la littérature et les lignes directrices professionnelles : la réduction du nombre d’embryons à transférer en même temps dans l’utérus au cours d’une FIV. On a même donné un nom à la nouvelle façon de faire consistant à ne transférer qu’un embryon : le «eSET» pour Elective Single Embryo Transfer. Il s’agit, quand les conditions sont favorables (âge de la mère ≤ 35 ans, bonne qualité des embryons, premier essai de FIV), d’une façon de réduire les risques et les coûts générés par les grossesses multiples issues du transfert de plusieurs embryons à la fois dans l’utérus (deux, trois, quatre ou plus, selon les cas). Les risques des grossesses multiples, gémellaires et de plus haut rang, sont loin d’être insignifiants : mortalité, prématurité, petit poids à la naissance, paralysie cérébrale pour l’enfant et, pour la mère, pré-éclampsie, diabète gestationnel, maladie cardiaque, dépression, problèmes conjugaux (Sorenson, 2006; voir aussi le dossier du mois de janvier sur la prématurité). Il est compréhensible que plusieurs pays aient lié le financement public de la FIV à la réduction des grossesses multiples et donc à la promotion du eSET.

 

Mais n’y a-t-il pas quelque étrangeté à accepter de financer avec des fonds publics une pratique (FIV avec eSET) rendue nécessaire pour résoudre un problème créé de toute pièce par la pratique de la FIV? Les grossesses multiples et leurs conséquences résultent de la stimulation ovarienne utilisée en FIV (et en insémination intra-utérine, et dans la «superovulation»). Sans FIV avec stimulation ovarienne, il n’y aurait pas eu de coûts supplémentaires à assumer par les systèmes publics de santé et donc pas d’«économies» à faire avec un changement de la pratique en faveur du eSET…

 

Quelques enjeux des pratiques actuelles en FIV et du financement public

Le eSET n’est pas sans effet au plan technique, clinique, éthique notamment. Il ne modifie pas la nécessité de la stimulation ovarienne qui mène à produire plusieurs ovules, donc à produire plusieurs embryons dont la plupart seront congelés avant d’être utilisés par le couple «producteur» ou donnés à d’autres couples ou à la recherche. Le problème social, éthique et juridique de l’existence et d’une éventuelle disponibilité d’embryons est reconduit, exigeant le maintien d’une structure de protection des embryons.

 

Étapes de l'ICSIPar ailleurs, l’accent actuel sur les grossesses multiples tend à rendre moins visibles les autres risques reliés à la FIV, notamment ceux de la stimulation ovarienne et ceux des techniques associées à la FIV qui impliquent une manipulation des gamètes, comme l’injection du spermatozoïde directement dans l’ovule (ICSI pour intracytoplasmic sperm injection) et dont les effets sur les enfants à naître sont encore inconnus. Le rétablissement relatif de la fertilité masculine par l’ICSI demeure troublant puisqu’il implique une intervention lourde (la FIV) sur une femme éventuellement en parfaite santé.

 

La banalisation relative de la FIV à laquelle nous assistons depuis quelque temps risque de s’accentuer avec le financement public : il donne à la FIV une légitimité sociale qu’elle avait peine à obtenir. Pour les couples en recherche de fertilité, il y a de fortes chances également que ce soutien financier signifie une reconnaissance sociale de l’infertilité comme un problème réel et que sa définition médicale gagne en légitimité. Il y aurait certainement une réflexion à mener comme société quand, d’un côté, on a peine à reconnaître la souffrance pouvant être liée à la difficulté de procréer et que, d’un autre côté, la reconnaissance du problème doive prendre la forme de solutions médicales à ce point problématiques.

 

Dans ce dossier, vous pourrez prendre connaissance des procédures multiples et complexes de la fécondation in vitro. Dans son texte, Vardit Ravistsky donne un aperçu des raisons politiques et culturelles présidant à l’adoption d’une politique de financement de la FIV en Israël. Vous pourrez entendre une entrevue avec un praticien de la FIV, le docteur Jacques Kadoch, et avec une représentante d’une association de soutien aux personnes infertiles, madame Beverly Hanck. Geneviève Daudelin vous introduit à une revue systématique internationale sur les effets des techniques de procréation médicalement assistée. Elle présente également les politiques de financement de la FIV par les régimes publics de trois pays, alors que Claude Dussault et Julie Dufour, du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec présentent la situation actuelle au Québec.

Auteur : Geneviève Daudelin, Ph.D.

 

RÉFÉRENCES

  • Sorenson C 2006. ART in the European Union. Euro Observer The Health Policy Bulletin of the European Observatory on Health Systems and Policies, 8(4):1-4.

 

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