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S’inspirer du Nord pour mieux y soigner

S'inspirer du Nord pour mieux y soignerSaviez-vous que les dépenses en santé per capita du Nunavut sont les plus élevées au monde? Deux fois et demi plus élevées que dans le reste du Canada, elles représentent 30% du PIB de ce territoire. Pourtant, ces dépenses ne se traduisent pas en gain de santé. L’espérance de vie de la population du Nunavut, composée à 85% d’autochtones, est de 11 ans inférieure à celle du reste du pays (Young et Chatwood, 2011).

 

Selon Young et Chatwood (2011), cette différence ne s’explique pas uniquement par des facteurs politiques et économiques, mais également par le type de prestation de services de santé. Les communautés isolées du Nunavut ont accès à des infirmières, sages-femmes et agents communautaires directement dans leur village. Toutefois, pour avoir accès à un médecin de famille, on doit parcourir des centaines de kilomètres vers les centres régionaux, tandis que les soins spécialisés exigent des déplacements vers les grands centres comme Montréal, à plus de 1400 km de la maison. Seuls le transport aérien et, plus récemment, les télécommunications, assurent le lien entre ces communautés, les centres régionaux et tertiaires, d’où les coûts faramineux.

 

Un modèle Nord-Nord

Dans leur article Health care in the North : what Canada can learn from its circumpolar neighbours, Young et Chatwood (2011) remettent en question ce modèle de prestation de services basé sur un axe Nord-Sud. Les auteures suggèrent que le Canada aurait tout avantage à développer un modèle Nord-Nord, c’est-à-dire basé sur des partenariats avec les autres pays du cercle polaire, soit les États-Unis (l’Alaska), le Danemark (Groenland et îles Féroé), l’Islande, la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie. À leur avis, adopter une perspective circumpolaire permettrait de documenter et partager les meilleures pratiques, de développer des politiques de santé fondées sur des données probantes qui tiennent compte de la réalité des régions nordiques, et de mettre en place des politiques sociales qui répondent davantage aux déterminants de la santé spécifiques à ces régions.

 

Des enjeux de santé partagés tel la sécurité alimentairePar exemple, une analyse comparative des pays du cercle polaire permet de constater qu’ils font face aux mêmes enjeux de santé, soit la sécurité alimentaire, les maladies infectieuses, la santé mentale, les maladies chroniques, et la santé maternelle et infantile. Plusieurs de ces régions sont habitées par des populations autochtones et non-autochtones et des disparités de santé notables persistent entre ces populations. Chaque pays a développé des stratégies de prestations de soins et des politiques sociales et de santé différentes pour répondre aux besoins de sa population nordique. Le Canada aurait donc avantage à examiner de plus près cette diversité de pratiques et de politiques afin d’améliorer l’organisation des soins de santé dans ces régions et la santé de sa population (voir encadré).

 

     
 

Quelques données comparatives intéressantes sur les pays circumpolaires

  • Le pourcentage de la population vivant dans les régions nordiques des différents pays varie de 0,5% au Canada et aux États-Unis, à 10% et 12% en Norvège et en Finlande.

  • Les populations autochtones représentent un pourcentage variable des populations nordiques de ces pays allant de 30% en Finlande à 85% au Danemark et au Canada (principalement au Nunavut).

  • L’espérance de vie dans les régions nordiques varie d’un pays à l’autre. Bien qu’en Alaska et en Finlande, elle soit la même que pour l’ensemble du pays, l’espérance de vie de la population autochtone de l’Alaska est de 5 ans inférieure à celle de sa population non-autochtone. En Russie, l’espérance de vie est la plus basse de tous les pays nordiques, soit moins de 60 ans chez les hommes. Il s’agit d’une différence de 29 ans avec l’espérance de vie des Islandais.

  • Les dépenses en santé ne sont pas garantes d'une plus grande espérance de vieLes dépenses en santé ne sont pas garantes d’une plus grande espérance de vie. Au Canada et en Alaska, malgré des dépenses en santé importantes, l’espérance de vie des populations autochtones demeure plus basse que la moyenne nationale. Les pays scandinaves (Norvège, Suède, Finlande, etc.) s’en tirent mieux. Ils semblent obtenir de bons résultats avec des dépenses relativement modestes.

  • La prestation des soins diffère d’un pays à l’autre. Les populations autochtones d’Alaska ont accès à un système de soins distinct des populations non-autochtones, financé au niveau fédéral, mais administré par les tribus. Les soins sont donnés par des agents communautaires basés dans les villages et chapeautés par des médecins présents dans des centres régionaux. Au Groenland, on retrouve de petits hôpitaux de 4 ou 5 médecins localisés dans les principales agglomérations. Les pays scandinaves ont un système de praticiens généralistes basés dans des centres de soins assignés à des populations sur des territoires spécifiques.

  • L’attention portée aux inégalités de santé et aux besoins des populations autochtones diffère d’un pays à l’autre. En Alaska, les autochtones bénéficient d’un système de soins autonome tandis qu’au Canada, ceux-ci sont gérés différemment selon les territoires. Ainsi, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest administre la plupart de ses services de santé, tandis que celui du Yukon a transféré certains programmes aux communautés des Premières Nations. On constate cependant que l’autonomie et le contrôle dont disposent maintenant les communautés autochtones du Nunavut et du Groenland, ne se sont pas traduits par de meilleurs résultats de santé. La Norvège a, quant à elle, déployé un plan national de services sociaux et de santé pour le peuple Sami qui vit dans les régions nordiques des pays scandinaves. Ce peuple n’est toutefois pas identifié comme une population aux besoins spécifiques en Suède et en Finlande.

Source : Young T.K., Chatwood, S. (2011). Health care in the North : what Canada can learn from its circumpolar neighbours. CMAJ, Février 8, 183(2) : 209-214.

 
     

 

Nous vous invitons à lire ce texte fort intéressant pour sa perspective originale, mais également pour les nombreuses données comparatives qu’il fournit sur les pays du cercle polaire.

Auteure : Myriam Hivon, Ph.D.
Hinnovic.org

 

RÉFÉRENCES

 

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