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Histoire de la dentisterie : entre lutte à la douleur et innovation

rosefirerising via FlickrEt si le plus vieux métier du monde, c’était celui de dentiste ?  Après tout, il est logique de penser que les êtres humains ont de tout temps souffert de caries et de façon générale de maux de dents. Handge et Nawathe (2015) rapportent que « des indices de caries ont été détectés sur des crânes datant de 25 000 ans et que les archéologues ont des preuves de l’apparition des premiers plombages sur des dentitions de personnes ayant vécu 8 000 av. J.-C. », signes clairs d’une volonté de soigner. Dans ce billet, nous vous proposons un voyage dans le temps, depuis les premières tentatives de soulager les douleurs dentaires en passant par les innovations importantes, tant en matière de prévention que de soins.

Une histoire faite de douleur jusqu’à il n’y a pas si longtemps

Si de nos joBBCDocumentaryTeethRemovalurs, la visite chez le dentiste n’est pratiquement plus synonyme de pire moment de l’année, le traitement  des pathologies affectant les dents a très longtemps été associé au champ lexical de la douleur, voire de la douleur extrême. Le mot « traitement » n’étant pas vraiment à propos quand on s’intéresse aux techniques utilisées à certaines époques.

Dans un excellent documentaire de la BBC (voir en bas de ce billet), la professeure Joanna Bourke mentionne le fait que « alors qu’à une époque de sourires parfaits et de procédures médicales non douloureuses, nous avons surmonté ce qui faisait de la dentisterie et des soins dentaires quelque chose d’effrayant, comment se fait-il que le fauteuil de dentiste nous évoque toujours autant de peur et d’horreur ? »

Il semble que la sombre histoire de la dentisterie soit encore présente dans notre inconscient collectif. Il suffit de s’intéresser à cette histoire pour comprendre à quel point nous vivons à une époque privilégiée quand il s’agit de soigner nos dents et même d’en prendre soin de façon préventive.

Commençons par exemple par la gestion de la douleur. Ce n’est qu’en 1905, grâce au chimiste allemand Alfred Einhorn, qu’apparût le premier anesthésiant local sous le nom de procaïne. Plus tard commercialisé sous le nom de Novocaïne, ce composé a été utilisé durant près de 60 ans avant d’être remplacé par une classe d’anesthésiants plus efficaces et possédant beaucoup moins d’effets secondaires. Ainsi, les substances dites « curarisantes » ont remplacé les anciennes techniques d’anesthésie. Ces composés agissent comme le curare, poison créant une paralysie des nerfs moteurs, utilisé depuis longtemps par certains chasseurs aborigènes.

Ether300xRemontons un peu plus le temps dans l’histoire des anesthésiants utilisés en dentisterie. En 1844, Horace Wells découvre que le protoxyde d’azote (formule chimique N2O) possède des propriétés anesthésiantes. Ce gaz était connu bien avant cette date pour ses propriétés euphorisantes (d’où son surnom de gaz hilarant), mais il n’avait jamais été utilisé pour créer une insensibilité à la douleur. Wells ne maîtrisait pas bien la technique d’inhalation, si bien que ses démonstrations publiques furent des échecs. Le protoxyde d’azote tomba aux oubliettes pour un temps. Pratiquement dans la foulée de la découverte des effets anesthésiants du protoxyde d’azote, le dentiste William Morton fut le premier en 1846 à démontrer publiquement l’effet anesthésiant de l’éther. Quelques années plus tard, une autre substance fit son apparition : le chloroforme. Cette autre technique d’anesthésie par inhalation était cependant mal contrôlée puisqu’elle pouvait causer la mort du patient ! Le milieu du 19e siècle fut donc un point tournant dans la lutte contre la douleur, surtout dans le domaine de la dentisterie. Et avant ces découvertes ? Avant ces découvertes, le « d » de dentition rimait systématiquement avec celui de douleur quand on devait ouvrir grand la bouche…

Clé de GarangeotRentrons donc dans le vif du sujet si l’on peut dire… Il suffit en effet de s’intéresser aux outils servant à l’extraction des dents aux 17e et 18e siècles pour se considérer chanceuse ou chanceux de ne pas avoir vécu à cette époque avec un problème de dentition. Par exemple, la célèbre clé de Garengeot (aussi appelé « clé de frère Côme ») servait à l’extraction des molaires, le mot extraction devant cependant être relativisé, puisque cette pratique avait la plupart du temps comme résultat de casser la dent ou la couronne de celle-ci, voire les os de la mâchoire sur lesquelles s’appuyait l’extrémité de l’instrument.

Reculons encore un peu plus loin dans le temps, à l’époque du Moyen-Âge et des « chirurgiens-barbiers ». Oui, vous avez bien lu. À la fin du 12e et au début du 13e siècle, l’église interdit au clergé et aux médecins de pratiquer la chirurgie. Cette décision aura pour conséquence de laisser des interventions comme l’arrachage de dents aux barbiers qui, à l’époque, pratiquent les saignées (en plus de raser, il va de soi…). Ils deviennent alors des « chirurgiens-barbiers ». Il faut comprendre qu’ils ne recevaient pas de formation en médecine et que beaucoup de charlatans s’autoproclamaient arracheurs de dents. Si on devait écrire le livre noir de la dentisterie, cette époque aurait sûrement droit à un chapitre entier.

Vous l’aurez compris, une grande partie de l’histoire de la dentisterie est synonyme de douleur, voire de douleur extrême ou de mort. Cependant, elle est bien sûr aussi faite d’innovations et de progrès majeurs.

Prévention, innovations et perfectionnement

BrosseàdentsParlons d’abord prévention, avec l’incontournable brosse à dents. Sachez que cet indispensable objet nous vient originellement de l’empire du Milieu. C’est sous la dynastie Tang (619-907) que l’idée d’utiliser un instrument pour se brosser les dents émergea. La brosse était faite d’un manche en os ou en bambou munis de poils durs de cochons issus des régions froides de Chine. Avant l’invention de la brosse à dents, on sait que dès l’Antiquité, les êtres humains ont tenté de maintenir une hygiène bucco-dentaire en mâchant des bâtonnets de Siwak, qui constitue la racine de l’arbuste Salvadora persica. Il fallut attendre le 18e siècle et un certain William Addis pour que la brosse à dents commence à être utilisée massivement en Europe et légèrement plus tard en Amérique du nord. Les poils de brosse à dents faits de matière synthétique ont quant à eux été inventés en 1935. Radio-Canada a publié en août 2015 une chronique radio sur l’histoire de la brosse à dents.

Fluoride_ToothpasteQui dit brossage de dents, dit dentifrice ou pâte à dent. Les premières tentatives de mise au point de substances capables d’enlever les résidus alimentaires et de nettoyer les dents furent parfois des échecs, parfois des demi-échecs. Par exemple, on sait que les Égyptiens (4000 avant J.-C. ) concoctaient un mélange composé de sel, de menthe, de poivre et de fleurs d’iris séchées. Selon certains experts, ce mélange était plus efficace que ceux utilisés il y a encore une centaine d’années, mais créait de forts saignements de gencives. Les premiers dentifrices fluorés sont apparus quant à eux en 1914, mais il faudra attendre la fin des années 1950 avant qu’ils ne deviennent la norme.

MorrisonDentalChairUne des inventions les plus marquantes de la dentisterie est encore perçue de nos jours comme une révolution. C’est celle de la première chaise totalement ajustable  pour la pratique des soins dentaires, inventée par le dentiste James Beall Morrison en 1867. En plus des fonctions ajustables, elle permettait aux praticiens de s’asseoir pendant qu’ils soignaient leurs patients. De plus, elle comprenait une fraise actionnée par le pied, permettant aux dentistes de pratiquer des réparations et des soins comme jamais auparavant (Ring et Hurley, 2000).

À la fin du 19e siècle, la capacité à produire de l’électricité amena encore plus d’innovations dans le domaine des soins dentaires. En effet, on vit apparaître la première fraise électrique de dentiste en 1875 grâce à l’invention du dentiste états-unien George Green, dans le Michigan. Les modèles actuels fonctionnent à l’air comprimé, permettant aux moteurs pneumatiques de tourner à 800 000 tours/min contre environ 15 tours/min pour les premières fraises de dentiste à pédale.

Si l’histoire de la dentisterie vous intéresse, nous vous conseillons de visiter le musée Eudore-Dubeau de l’Université de Montréal. Vous pourrez y voir de nombreux objets anciens, témoins de la pratique de la dentisterie au Québec. En ligne, l’Association dentaire canadienne a créé une page spéciale sur l’histoire de  ce métier au Canada, de 1902 à nos jours. Quant à l’American Dental Association aux États-Unis, elle possède une page très complète sur l’histoire de la dentisterie, remontant jusqu’à 5000 ans avant J-C.

L’histoire de la dentisterie est remplie d’inventions et d’innovations brillantes, qui ont souvent amené une rupture par rapport aux pratiques établies. Aller chez le dentiste signifiait autrefois douleur extrême et était parfois synonyme de mort, alors que c’est pratiquement une formalité de nos jours. Nous oublions à quel point nous devons ce confort aux dentistes qui ont cherché à innover et à ménager nos nerfs. En 2016, il n’est donc plus justifié d’avoir une dent contre votre dentiste…

À visionner, l’excellent documentaire de la BBC sur l’histoire de la dentisterie :
Auteur : Jérémy Bouchez Hinnovic.org

RÉFÉRENCES

  • Handge, K.T., & Nawathe, A. (2015). History of Dentistry. Global Journal For Research Analysis, Vol: 4, Issue: 11.
  • Ring, M. E., & Hurley, N. (2000). James Beall Morrison: the visionary who revolutionized the practice of dentistry. Journal of the American Dental Association (1939), 131(8), 1161–1167.

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