Hinnovic » Grandir en santé : à la recherche d’une ville pour tous

Grandir en santé : à la recherche d’une ville pour tous

À la recherche d'une ville pour tousÀ l’échelle de la planète, les villes continuent à se développer rapidement ; aujourd’hui, c’est plus de la moitié de la population mondiale qui y habite. Toutefois, si cet essor est souvent commenté, on insiste moins sur un autre aspect tout aussi important : les enfants comptent désormais pour le tiers des habitants des villes (Satterthwaite et Bartlett 2002). Ils représentent en effet une partie importante de la population urbaine. Or, que ce soit dans les pays prospères ou ailleurs, l’aménagement urbain s’adresse généralement aux adultes et, plus particulièrement, aux adultes motorisés.

 

Notre dépendance à l’automobile en est la preuve : la voiture est un outil devenu indispensable pour répondre aux besoins quotidiens de déplacement des familles, contraintes à parcourir de longues distances et à concilier plusieurs déplacements en peu de temps. Dépendants de la voiture parentale, les enfants perdent alors des opportunités de développer leur autonomie, de marcher, de pédaler… bref, d’effectuer de l’activité physique. L’augmentation de l’obésité, considérée par l’OMS comme une véritable épidémie, n’est pas étrangère à cette perte : rappelons qu’au Canada, entre 1978 et 2004, le taux d’obésité est passé de 3 % à 8 % chez les 2-17 ans, alors que celui de l’embonpoint passait de 12 % à 18 % (ASPQ 2006).

 

Remonter le temps?

Des formes urbaines mieux adaptéesC’est dans ce contexte que l’on fait aujourd’hui la promotion de formes urbaines plus compactes, mieux adaptées à la pratique quotidienne de la marche et du vélo, soit des modes de déplacement à la portée des enfants. À travers des courants d’aménagement comme le Nouvel Urbanisme, on met de l’avant la densité, la mixité et la qualité des espaces publics comme réaction au développement urbain contemporain. Il s’agit en quelque sorte d’un retour à la ville préindustrielle, c’est-à-dire une ville compacte, à échelle humaine, où les déplacements quotidiens pouvaient se faire à pied.

 

Ceci étant dit, il faut souligner que les préoccupations au sujet de la place de l’enfant dans la ville ne sont pas nouvelles. Déjà au 19e siècle, lorsque les activités industrielles fleurissaient, compromettant en même temps la qualité environnementale, on se demandait si la ville était un milieu approprié pour y grandir. C’est d’ailleurs sous la forme d’un retour à la campagne et en voulant maîtriser le développement urbain que des modèles comme celui de la Cité-jardin ont été conçus. L’objectif était de trouver un équilibre : il s’agissait de planifier tout un réseau de communautés, chacune étant suffisamment grande pour susciter un dynamisme économique (la dimension « cité ») et suffisamment petite pour garantir un contact avec le milieu naturel (la dimension « jardin »). À l’époque, Ebenezer Howard ne pouvait pas imaginer que le retour à la campagne qu’il proposait allait devenir extrêmement recherché et accessible grâce à la popularisation de la voiture, engendrant cependant le développement sans précédent des La ville étaléebanlieues et, bien entendu, l’étalement urbain. Ironiquement, la recherche d’un milieu de vie plus sain, dans lequel les enfants pouvaient se développer pleinement, a contribué au développement de ce que nous considérons aujourd’hui comme une forme d’habitat obésogène, énergivore et polluante : la ville étalée.

 

Entre le modèle idéal et le résultat matériel, il y a toujours un écart. Ainsi, les quartiers aménagés selon les principes du Nouvel urbanisme comportent eux aussi des limites : il peut être coûteux de réhabiliter des secteurs anciens de la ville, de faire accepter le développement de quartiers plus denses par les résidents en place, d’attirer des commerçants ou de rentabiliser le service de transport en commun lors des premières années de vie d’une communauté. Aussi, le réaménagement de quartiers centraux peut provoquer un embourgeoisement et rendre les logements inaccessibles aux familles.

 

Faire participer les enfants à l’aménagement urbain

Participation des jeunes à leur aménagementQuoi qu’il en soit, au-delà des principes de design urbain en faveur de la marche et du vélo, la création de villes plus saines dépend aussi de la participation active des jeunes à leur aménagement. Cette participation est instiguée par plusieurs organismes, dont UNICEF, qui mène depuis plusieurs années le programme « Villes amies des enfants ». Piloté au Québec depuis 2009 par le Carrefour action municipale et famille, ce programme prône entre autres la participation des personnes âgées de moins de 18 ans dans la prise de décisions au sujet de leur milieu de vie. Plus de trois décennies d’expériences de terrain montrent en effet l’importance de prendre en considération la manière dont les enfants perçoivent et utilisent la ville, afin d’aménager des milieux stimulants, sécuritaires et accueillants pour tous. À travers des projets comme ceux menés dans le cadre du programme Grandir en Ville (à Buenos Aires, Melbourne, Oakland, Bangalore, Varsovie, Montréal, etc.) on peut observer que les enfants accordent une grande importance à la sécurité et à la liberté de mouvement, à l’intégration sociale, à la possibilité de réaliser des activités variées et significatives, à l’existence de lieux de rassemblement, d’une identité communautaire forte et enfin à la solidarité. Au contraire, parmi les facteurs qui rendent un milieu peu propice pour y grandir selon les enfants figurent l’exclusion sociale, l’ennui, la peur du harcèlement et du crime, les tensions raciales, la circulation automobile intense, la saleté dans les espaces publics, le manque de services de base et le sentiment d’impuissance (Chawla 2002).

 

La participation des enfants à l’aménagement urbain est encore une exception plutôt que la norme; pourtant, elle constitue une opportunité pour mieux comprendre les enjeux urbains contemporains et pour construire des milieux de vie plus sains. N’oublions pas qu’une ville adaptée aux enfants est, avant tout, une ville adaptée aux piétons et aux cyclistes, diversifiée, conviviale et, surtout, agréable à vivre.

 

Auteur : Juan Torres, Ph.D.
Professeur adjoint
Institut d’urbanisme
Université de Montréal

 

RÉFÉRENCES

  • ASPQ – Association pour la Santé publique du Québec (2006), Les problèmes reliés au poids au Québec : un appel à l’action. Communiqué de presse. Page consultée le 26 avril 2010

  • Chawla, L. (2002). Growing up in an urbanising world. London: Earthscan.

  • Satterthwaite, D. et S. Bartlett (2002) « Poverty and exclusion among urban children » Innocenti Digest, 2002, UNICEF-Innocenti Research Centre: Italie

 

Laisser un commentaire:

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaires modérés. Les commentaires hors sujet seront effacés.

Email this to someoneTweet about this on Twitter0Share on Facebook0Share on LinkedIn0Version imprimable