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Et vous ? Comment se portent vos fascias ?

Souffrez-vous de douleurs chroniques au dos ou aux cervicales ? Vous a-t-on diagnostiqué une aponévrosite plantaire ? Le point commun entre tous ces symptômes ? Ils pourraient probablement impliquer les fascias. Longtemps considérés comme des tissus peu importants par rapport aux autres organes d’intérêt, les fascias et leur rôle majeur pour le corps humain sont désormais l’objet de recherche de pointe en médecine et de façon plus générale dans le domaine de la santé. À un point tel que durant la dernière décennie, les découvertes de plusieurs équipes de recherche sur la planète viennent bouleverser nos connaissances sur la biomécanique humaine tout en expliquant certaines connaissances et pratiques ancestrales.

D’un simple tissu conjonctif à un organe majeur

Fascia en latin signifie « bandelette », en rapport à la forme de ce tissu conjonctif qui entoure, sépare et prolonge les muscles du corps ou les relie aux os, puisque les tendons et ligaments peuvent être considérés comme des fascias. Cependant, les fascias sont en fait bien plus que cela puisqu’on les retrouve même dans le cerveau (les méninges peuvent être considérées comme un type de fascia) ou autour de nombreux organes. Véritable « réseau fibrillaire », il suffit de consulter la définition qu’en fait le Congrès international sur les fascias (visuel ci-dessous) pour prendre conscience de son étendue et donc de son importance.

 

 

Les recherches scientifiques les plus récentes sur les fascias bousculent les connaissances et certitudes de la médecine, notamment en ce qui concerne notre posture et les interactions entre les muscles et le squelette. De plus, la vision de l’ossature en tant que support du reste du corps est battue en brèche par les découvertes sur l’importance du système fascial. Selon Thomas Myers, auteur de plusieurs livres sur les fascias, « si on pouvait d’un seul coup faire disparaître tous les fascias de votre corps, votre édifice osseux s’écroulerait sur le champ ». Il faut donc voir en fait une interconnexion entre les muscles, les fascias et le squelette. Cet équilibre est de plus considéré comme un exemple de « tenségrité » (tensegrity en anglais) pour parler d’un « système mécanique comportant un ensemble discontinu de composants comprimés au sein d’un continuum de composants tendus, dans un état d’autoéquilibre stable. Plus simplement : en reliant des barres par des câbles, sans relier directement les barres entre elles, on arrive à constituer un système rigide », comme expliqué par le Laboratoire de Mécanique et Génie Civil de l’Université de Montpellier. Il existe d’ailleurs des édifices qui utilisent ce principe, comme le Kurilpa Bridge en Australie. Dans le cas de l’anatomie de certains animaux (nous y compris), on parle alors de « biotenségrité ». Ainsi, les mouvements de notre corps s’accompagnent d’une contraction de nos muscles, d’une compression de nos os et d’un étirement de notre peau sans blessures, dans une harmonie qui est possible grâce aux réseaux intra et extracellulaires constituant une matrice capable de supporter un stress mécanique pour revenir dans son état initial après relâchement de la tension, ce qui est le propre des tenségrités (Ingber, 2008).

Une matrice qui a besoin d’entretien

Au cœur des fascias se trouve une usine de production de collagène, cette protéine fibreuse constitutive de la trame du tissu conjonctif. Les ouvriers produisant le collagène sont les fibroblastes, des cellules fusiformes ou étoilées impliquées aussi dans la réparation tissulaire et l’entretien des réactions inflammatoires. Quand l’activité est déficiente et qu’en plus nous devenons sédentaires (le fait de rester assis de longues heures est un bon exemple), les fibroblastes produisent trop de collagène, ce qui épaissit les fascias et les rend beaucoup moins susceptibles de pouvoir glisser, par exemple autour des muscles. La biotenségrité du système fascial, des muscles et des os, est alors fortement affectée. L’épaississement des fascias peut aller jusqu’à pincer des nerfs, occasionnant des douleurs chroniques, impliquant parfois une opération chirurgicale. A contrario, l’activité physique et les étirements réguliers sont vitaux pour la bonne santé des fascias. En effet, le système fascial réagit lentement mais constamment aux contraintes de la vie quotidienne et donc à l’entraînement, le réseau de tissu fibreux se remodelant de façon continue afin de garder ses propriétés (Kjaer et al., 2009). De plus, des études ont confirmé que l’activité physique régulière permet de garder une structure fibreuse des fascias caractéristique de celle rencontrée chez les individus les plus jeunes, c’est-à-dire une structure plus onduleuse et moins aplatie (Jarniven et al., 2002; Wood et al., 1988).

En outre, Schleip et Müller (2013) suggèrent, en se basant sur d’autres études, que des étirements et des mouvements spécifiques (fascia oriented training) conjugués à des activités physiques classiques favorisent non seulement le renouvellement du tissu conjonctif, mais aussi minimisent les risques de blessures.

Une confirmation des effets bénéfiques de certains traitements manuels

Comme nous venons de le voir, l’activité physique régulière permet de maintenir l’architecture optimale des fascias, mais il est parfois nécessaire d’aider le tissu conjonctif à retrouver ses propriétés physiques et biologiques, soit parce que la sédentarité les a rendus trop épais et rigides, soit parce qu’une blessure sur un membre (entorse, fracture, déchirure, etc.) contraint la mobilité. Là encore, des recherches ont montré les bienfaits de plusieurs thérapies manuelles, de l’acupuncture ou encore du yoga. La professeure et médecin Helene Langevin est spécialisée dans l’étude des bienfaits de l’étirement sur la matrice constituée par le tissu conjonctif. En partenariat avec plusieurs collègues, ses recherches sur des rats et des souris ont montré que l’étirement des fascias a pour effet de combattre l’inflammation (Berrueta et al., 2016; Corey et al., 2012; Langevin et al., 2013, 2011). De plus, en étudiant la réponse des fascias stimulés par des aiguilles, elle a montré que l’acupuncture a, dans certains cas, les mêmes effets que l’étirement des fascias sur des zones de quelques centimètres autour de l’aiguille, suggérant que cette technique ancestrale permet d’induire une modification de la structure des fascias par l’intermédiaire des fibroblastes (Langevin, 2014, 2007; Langevin et al., 2006). Voir aussi cette entrevue de la professeure Langevin sur la chaîne Youtube Conversations That Matter.

D’autres études s’intéressent quant à elles aux effets du yoga, suggérant également une réponse des fascias par les exercices d’étirement.

L’intérêt de la recherche scientifique pour les fascias ne cesse de grandir et la dernière décennie aura permis des découvertes importantes sur le rôle primordial du tissu conjonctif pour la santé humaine tout en rappelant l’importance de l’activité physique régulière. Depuis 2007, les scientifiques spécialisés dans ce domaine de recherche se réunissent chaque année en congrès. Le prochain congrès international de la recherche sur le fascia aura lieu à Berlin les 14 et 15 novembre 2018

Ci-dessous, nous vous suggérons le visionnement de l’excellent reportage de l’émission de vulgarisation scientifique Xenius sur la chaîne franco-allemande Arte.

 

RÉFÉRENCES

  • Berrueta, L., Muskaj, I., Olenich, S., Butler, T., Badger, G. J., Colas, R. A., Spite, M., Serhan, C. N., Langevin, H. M. (2016). Stretching Impacts Inflammation Resolution in Connective Tissue. J Cell Physiol, 231(7):1621-7.
  • Corey, S.M., Vizzard, M.A., Bouffard, N.A., Badger, G.J., Langevin, H. M. (2012). Stretching of the back improves gait, mechanical sensitivity and connective tissue inflammation in a rodent model. PLoS One, 7(1):e29831.
  • Ingber, D. E. (2008). Tensegrity and mechanotransduction. Journal of Bodywork and Movement Therapies, 12(3), 198‑200. https://doi.org/10.1016/j.jbmt.2008.04.038
  • Jarvinen, T. A., Jozsa, L., Kannus, P., Jarvinen, T. L., Jarvinen, M. (2002). Organization and distribution of intramuscular connective tissue in normal and immobilized skeletal muscles. An immu-nohisto chemical, polarization and scanning electron micro-scopic study. Journal of Muscle Research and Cell Motility 23,245-254.
  • Kjaer, M., Langberg, H., Heinemeier, K., Bayer, M.L., Hansen, M., Holm, L., Doessing, S., Kongsgaard, M., Krogsgaard, M.R., Magnusson, S.P. (2009). From mechanical loading to collagen synthesis, structural changes and function in human tendon. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports 19, 500-510.
  • Langevin H. M. (2014) Acupuncture, connective tissue, and peripheral sensory modulation. Crit Rev Eukaryot Gene Expr, 24(3):249-53.
  • Langevin, H. M., Fujita, T., Bouffard, N. A., Takano, T., Koptiuch, C., Badger, G. J., Nedergaard, M. (2013). Fibroblast cytoskeletal remodeling induced by tissue stretch involves ATP signaling. J Cell Physiol, 228(9):1922-6.
  • Langevin, H. M. (2007). Fibroblast cytoskeletal response to tissue strecth and acupuncture. [DVD recording]. Boston MA : First International Fascia Research Congress.
  • Langevin, H. M., Bouffard, N. A., Badger, G. J., Churchill, D. L., Howe, A. K. (2006). Subcutaneous tissue fibroblast cytoskeletal remodeling induced by acupuncture: evidence for a mechanotransduction-based mechanism. J Cell Physiol, 207(3):767-74.
  • Schleip, R., & Müller, D. G. (2013). Training principles for fascial connective tissues: Scientific foundation and suggested practical applications. Journal of Bodywork and Movement Therapies, 17(1), 103‑115. https://doi.org/10.1016/j.jbmt.2012.06.007
  • Wood, T.O., Cooke, P.H., Goodship, A.E. (1988). The effect of exercise and anabolic steroids on the mechanical properties and crimp morphology of the rat tendon. American Journal of Sports Medicine 16, 153-158.
Auteur : Jérémy Bouchez
Hinnovic.org

Un commentaire

  1. RamonEncarnacion dit :

    Nom (requis), thank you for your blog post.Really thank you! Awesome.

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