Hinnovic » Des initiatives à l’intersection des arts et de la santé

Email this to someoneTweet about this on Twitter0Share on Facebook0Share on LinkedIn0

Des initiatives à l’intersection des arts et de la santé

Des initiatives à l'intersection des arts et de la santéDepuis plusieurs décennies déjà, les gouvernements, universités et organismes privés de l’Australie, des États-Unis et du Royaume-Uni, soutiennent les initiatives dans le domaine conjoint des arts et de la santé (Cox et al., 2010). Au Canada, le phénomène est plus récent mais il s’accentue, surtout en milieu anglophone. Ainsi, au plan des soins de santé, plusieurs programmes et initiatives ont vu le jour.

 

On peut mentionner à cet égard les expositions d’œuvres d’art visant à embellir les établissements de santé (Ex. : Fondation de l’art pour la guérison à Montréal), la présence d’artistes en résidence dans certains hôpitaux (Ex. : Manitoba Artists in Healthcare), le développement de programmes artistiques à des fins thérapeutiques ou de prévention adaptés à certaines clientèles, telles que les jeunes atteints d’un handicap (Ex. : Spiral Garden du Holland Bloorview Kids Rehabilitation Hospital à Toronto), les artistes souffrant d’une maladie mentale ou d’une dépendance (Ex. : Workman Arts Projects du Centre for Addiction and Mental Health de Toronto), les personnes vieillissantes (Ex. : Learning Elders Arts Program à l’Ïle-du-Prince-Édouard) ou vivant dans un établissement de soins prolongés (Ex. : Health Arts Society en Colombie-Britannique).

 

Des programmes de formation à l’intention des professionnels de la santé intégrant les arts et les sciences humaines à l'exercice de la médecine ont été créés, notamment à l’Université Dalhousie à Halifax en 1992 et à l’Université d’Alberta à Edmonton en 2006. Il convient aussi de souligner que l’Université Concordia à Montréal est devenue un leader mondial dans la formation en art-thérapie. Au plan de la santé publique, différentes formes artistiques ont aussi été mises à contribution. Les illustrations sur les paquets de cigarettes pour contrer le tabagisme et la troupe de théâtre Headlines Theatre de Vancouver, qui se promène dans diverses communautés pour engager des dialogues sur la consommation excessive d’alcool et de drogues, le suicide, la violence domestique ou le « street racing », en sont des exemples tangibles. C’est au Canada que le théâtre a été utilisé pour la première fois dans un contexte de développement de politiques publiques en santé, pour identifier les valeurs de la population, notamment au chapitre des technologies génétiques avec les pièces Orchids etPerformances théatrales suivies d'une période de discussion Un jeu de société. Le scénario d’Orchids mettait en scène des personnages avec des valeurs différentes en rapport avec le diagnostic génétique préimplantatoire. La performance théâtrale a été suivie d’une période de discussion qui a permis d’identifier les valeurs des membres de l’auditoire.

 

Dernièrement, les arts ont également émergé comme une méthode novatrice de recherche. S’ils ont d’abord été utilisés comme mode de représentation et de dissémination des connaissances, les arts sont maintenant employés à toutes les étapes du processus de recherche: comme un stimulant pour la collecte de données, comme outil d’intervention ou comme moyen de dissémination. Un large éventail de formes artistiques est utilisé par les chercheurs allant du chant, à la danse, au dessin, à la photographie, à la peinture, à la poésie, au théâtre, ou à une combinaison de ces formes.

 

Faire appel à la rationalité, l'imagination et l'émotionPlusieurs raisons justifient l’emploi de formes artistiques en recherche en santé, et plus particulièrement à l’étape de la dissémination des résultats de recherche. Les arts ont la capacité de susciter une profonde empathie (Lafrenière & Cox, 2010). Ils sont donc particulièrement adéquats pour représenter des thèmes tels que la compassion, la détresse ou le deuil. Ils permettent d'appréhender des expériences, des problèmes et des pratiques en faisant appel tant à la rationalité qu’à l’imagination et à l’émotion (Mienczakowski, 2009). Ils possèdent le potentiel d’engager les gens à explorer ensemble des problèmes et des enjeux, à chercher des solutions et à provoquer le changement. Ils fournissent un stimuli pour le dialogue et permettent à un plus large éventail de personnes d’avoir accès à la recherche académique, notamment au 48% de la population adulte canadienne qui ne peut lire ou qui peut ne lire que des textes utilisant un langage très simple (Rootman & Ronson, 2005). Certaines formes artistiques peuvent aider certains à mieux comprendre l’information présentée et, de ce fait, à faciliter la prise de décision ou la formation d’une opinion éclairée sur des sujets relatifs à leur santé.

 

Chaque forme artistique apporte une contribution qui lui est propre. Ainsi les arts visuels peuvent traverser la barrière des langues et de l’analphabétisme. Les arts performatifs, tel le théâtre, offrent un forum pour engager le public dans un dialogue sur des questions morales, sociales ou politiques. Les arts littéraires, comme la poésie, permettent de synthétiser l’expérience vécue, d’en donner l'accès au lecteur afin de le mettre en contact avec la dimension émotive de cette expérience.

 

Il serait intéressant de savoir ce que vous, lecteurs, pensez de ces modes de dissémination émergents faisant appel aux arts. Y voyez-vous un attrait ou doutez-vous de leur efficacité et de la pertinence de leur utilisation? Aimeriez-vous être informés par une méthode artistique des résultats d’une étude? Par quelle forme artistique préférablement ?

Auteure : Darquise Lafrenière, Ph.D.
Chercheure
Groupe de recherche en éthique des sciences "omiques"
Département de médecine sociale et préventive
Université de Montréal

 

RÉFÉRENCES

  • Cox, S.M., Lafrenière, D., Brett-McLean, P., Collie, K., Cooley, N., Dunbrack, J., Frager, G. (2010). Tipping the Iceberg? The State of Arts and Health in Canada. Arts & Health, 2(2), 109-124.

  • Lafrenière, D., Cox, SM (2010). Comparaison de deux méthodes de dissémination de résultats de recherche dans le domaine de la santé : les arts et le café scientifique. Sociologie et sociétés, 42(2), 121-142.

  • Mienczakowski, J. (2009). Pretending to Know: Ethnography, Artistry and Audience. Ethnography and Education, 4(3), 321-333.

  • Rootman, I., Ronson, B. (2005). Literacy and Health Research in Canada : Where Have We Been and Where Should We Go ? Canadian Journal of Public Health , 96(S2), 62-77

 

Laisser un commentaire:

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaires modérés. Les commentaires hors sujet seront effacés.