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Défi : soigner 11 milliards d’êtres humains en 2100?

MapmondecrowdNous serons «probablement» 11 milliards en 2100. C’est la conclusion récente d’une étude réalisée par des démographes des Nations-Unies en partenariat avec plusieurs universités dans le monde.

Intitulée, World population stabilization unlikely this century, cette étude a été publiée dans la revue Science le 18 septembre et se démarque des précédentes estimations par une innovation sur la méthodologie d’analyse des données en appliquant un modèle hiérarchique bayésien impliquant deux facteurs ayant une incidence majeure sur les changements démographiques : le taux de fertilité et l’espérance de vie.

 

La population du continent le plus pauvre devrait quadrupler

En utilisant cette nouvelle méthode de projection, l’équipe estime pouvoir prédire l’évolution démographique de plusieurs continents jusqu’à 2100. Ainsi, la principale raison de la forte augmentation de la population mondiale d’ici 85 ans serait l’explosion démographique de l’Afrique, le continent noir passant de 1 milliard d’individus actuellement à une fourchette comprise entre 3,1 et 5,7 milliards en 2100 avec 95 % de probabilité. La valeur médiane étant de 4,2 milliards.

Par exemple, le pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria, verrait sa population passer de 160 millions à 915 millions d’ici 2100 avec cependant une forte incertitude sur cette projection. Cependant, il est probable à 90 % que le Nigéria soit peuplé de 530 millions de personnes à la fin du siècle. Ce résultat s’expliquerait par une stagnation de la baisse du taux de fertilité en Afrique amorcée depuis quelques années et par le fait que le modèle familial idéal est encore constitué de 4,6 enfants par femme. De plus, il existe encore un taux élevé de femmes qui ne peuvent avoir recours à la contraception malgré leur volonté. Ce taux s’élève à «25 % et est sans déclin depuis 20 ans» (Nations-Unies, 2013).

 

Une population de plus en plus vieillissante dans les pays riches

Une autre conclusion importante pour plusieurs pays développés est l’accélération du vieillissement de la population. En effet, les spécialistes utilisent le «rapport de dépendance économique » (Potential Support Ratio en anglais ou PSR) afin de « rendre compte du nombre de personnes de 20 à 64 ans et en âge de travailler par personne âgée de 65 ans et plus ». Grossièrement, le nombre de personnes qui travaillent pour chaque retraité. Au Canada, il est estimé qu’il sera de 4,4 en 2014, mais tombera à 2,1 à l’horizon 2100 (World Population Prospects, 2014). Concrètement, cela signifie que les systèmes de soin de santé des provinces canadiennes devront faire face à deux fois plus de personnes âgées de 65 ans et plus. Or, qui dit plus de personnes âgées dit plus de soins, que ce soit à domicile ou dans les institutions hospitalières, mais aussi plus d’installations ou d’appareils nécessaires pour venir en aide à ces personnes âgées.

 

Des défis d’innovations sociales et technologiques tant dans les pays riches que les pays pauvres

Certains se diront que 2100 c’est bien loin est que nous avons le temps de voir venir. De plus, autant vous que moi ne serons plus là pour le vivre. Pas si vite. Dans une note du Parlement du Canada en mars 2012, on fait remarquer que «le nombre de personnes âgées de 65 ans ou plus pourrait doubler dans les 20 prochaines années», soit à l’horizon 2032. De fait, le Canada et la plupart des pays qui auront des taux de natalité faibles et qui ont connu le baby-boom doivent déjà commencer à réfléchir aux politiques de santé publique nécessaires pour faire face à cette situation.

Les pays comme le Canada devront en effet pouvoir soigner plus de citoyens souffrant de maladies chroniques puisqu’à mesure que l’on vieillit, on souffre plus de celles-ci. Le système de santé étant jugé inefficace par trois Québécois sur quatre, il faudra fortement améliorer l’efficacité des soins pour les aînés. Une population plus âgée signifie également des coûts supplémentaires pour la société civile qui devront être en grande partie supportés par les personnes actives. Il existera également des défis à relever sur le plan de la mobilité, tant dans les grands centres urbains que dans les municipalités rurales. En effet, avec l’augmentation du nombre de citoyens appartenant à une tranche d’âge a fortiori moins mobile, nos villes et villages seront à repenser afin de mieux adapter leur architecture et leur design (accès aux transports en commun, aux institutions, aux commerces). Les personnes âgées seront aussi plus nombreuses à être vulnérables à l’augmentation des températures moyennes en été. En effet, on prévoit par exemple à Montréal une augmentation de 4 C des températures moyenne en été sur la période 2041-2070 (Ouranos, 2010) et donc une recrudescence des périodes de canicules. Or, «les personnes âgées sont reconnues par les autorités publiques comme étant un groupe de la population à risque lors de chaleurs extrêmes et l’isolement social, bien qu’il soit souvent plus difficile à identifier, peut venir accentuer cette vulnérabilité» (Ouranos, 2014, p24).

Dans les pays pauvres, c’est surtout l’explosion démographique et non pas le vieillissement de la population qui sera le plus gros problème. On peut imaginer les difficultés qui seront rencontrées du point de vue de l’alimentation et de la santé. Par exemple, l’Afrique va devoir nourrir 4,8 milliards de bouches tout en relevant le défi de soigner des centaines de millions d’individus vivant sur le continent le plus pauvre de la planète. On mentionne également dans l’article World population stabilization unlikely this century qu’une croissance démographique rapide dans les pays à haut taux de fertilité peut occasionner tout un éventail de problèmes majeurs : «environnementaux à cause du manque de ressources naturelles et de la pollution, économiques à cause du chômage et de la pauvreté associée et sanitaires avec un haut taux de mortalité infantile et maternelle». La dégradation de l’environnement ayant un impact important sur la santé dans les pays pauvres et les pays riches.

 

Des opportunités?

Malgré les nombreux défis auxquels nous allons devoir faire face, il ne faudrait cependant pas voir que des mauvais aspects à cette réévaluation de la population mondiale en 2100. En effet, nous allons devoir créer de nouvelles façons de penser et donc nécessairement être obligés d’innover pour nous adapter à une population vieillissante. Les innovations technologiques et les innovations sociales devront être imaginées de sorte qu’elles permettent à la société de prendre soin des personnes âgées. Par exemple, on pourrait imaginer que de plus en plus de professions adoptent le télétravail, « permettant aux gens de s’occuper à domicile de leurs proches d’un certain âge ». Cette transition démographique est aussi une opportunité de modifier le rapport que nous entretenons avec la vieillesse, surtout dans les pays riches dans lesquels les personnes âgées sont vues comme des personnes non productives économiquement parlant.

Auteur : Jérémy Bouchez
Hinnovic.org

 

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