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Comprendre les décès liés aux surdoses d’opioïdes

Les opioïdes ont  causé 2861 décès au Canada en 2016 et auront tué près de 4000 en 2017 alors qu’on a enregistré 1460 décès entre janvier et juin 2017 seulement selon un récent rapport de l’Agence de santé publique du Canada. Cette crise de surdoses d’opioïdes est considérée comme une épidémie par les spécialistes ainsi que par les agences de santé publique, tant ici au Canada qu’aux États-Unis. Nous nous intéressons dans ce billet à la compréhension des processus à l’œuvre sur le corps en cas de surdose d’opioïdes, mais les conséquences de cette crise en termes de santé publique ne se limitent pas aux décès.

Il faut savoir que c’est leur puissance et leur rapidité d’action qui rendent certains opioïdes si mortels. Par exemple, il suffit de seulement 2 mg de Fentanyl injectés rapidement dans le corps pour causer la mort, soit l’équivalent de 2 grains de sel. Ainsi, l’effet analgésique du Fentanyl est 100 fois plus puissant que la morphine. Une autre caractéristique de certains opioïdes de synthèse est leur rapidité à agir sur ce qu’on appelle les récepteurs opiacés. Ce sont des neurotransmetteurs très largement répandus dans notre cerveau dont le rôle est entre autres de faire fluctuer la réponse à la douleur ou au stress. Il en existe 4 types et 9 sous-types dont les récepteurs µ1 (prononcez « mu »), µ2 et µ3. Ce sont sur ces récepteurs que les analgésiques agissent, dont le Fentanyl ainsi que les autres opioïdes. Si l’administration de la molécule est étroitement contrôlée de façon médicale, c’est-à-dire une dose infime et de façon très lente (par exemple à l’aide de bonbons ou de patches), c’est un antidouleur efficace. En revanche, si une molécule puissante comme le Fentanyl arrive très rapidement dans le corps et en grande quantité (c’est-à-dire en milligrammes et non en microgrammes), les effets sont extrêmement dangereux. Pourquoi ? Parce qu’en plus de moduler la douleur, certains récepteurs µ sont également associés au sentiment d’euphorie tout en étant impliqués dans la régulation de la respiration. Littéralement et pour faire simple, en cas de surdose d’opioïdes comme le Fentanyl, après une phase d’euphorie, votre cerveau ralentit fortement ou arrête le reflex de la respiration. C’est la raison pour laquelle les personnes en surdose d’opioïdes sont en forte détresse respiratoire et qu’il faille agir très rapidement par l’administration de ce qu’on appelle un antagoniste des récepteurs µ, c’est-à-dire en langage courant un antidote. La naloxone fait partie de ces antidotes, elle est désormais gratuite dans les pharmacies du Québec.

Même si la belle province est relativement épargnée concernant les décès liés aux surdoses d’opioïdes, le gouvernement du Québec semble avoir pris la mesure de l’urgence. De plus, on voit apparaître des opioïdes de synthèse assez puissants disponibles bien sûr totalement illégalement, situation extrêmement préoccupante puisqu’il est facile de se procurer de tels opioïdes sur internet et de se les faire livrer par la poste. D’ailleurs la drogue U-47700, disponible en ligne a fait sa première victime l’an dernier au Québec. Reste que beaucoup de personnes en détresse suite à une surdose au Fentanyl ne sont la plupart du temps pas au courant de la présence de cette molécule, puisque celle-ci est de plus en plus mélangée avec d’autres drogues comme l’héroïne ou la cocaïne. De fait, la sensibilisation aux risques de surdose au Fentanyl passe par des conseils sur les moyens de limiter les risques, comme l’explique Jean-Sébastien Fallu (Ph.D), dans l’extrait d’entrevue ci-dessous :

Commentaire de Jean-Sébastien Fallu

De plus, dans le 2e extrait d’entrevue ci-dessous, le professeur de l’Université de Montréal insiste sur la complexité liée à la dépendance aux opiacées et opioïdes des personnes qui le sont devenues contre leur gré suite à une prescription médicale et qui ont donc besoin de consommer :

 

Auteur : Jérémy Bouchez
Hinnovic.org

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