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Bilan de 10 ans de vaccination contre le VPH

Le virus du papillome humain ou VPH (aussi appelé papillomavirus) est une infection qui peut être synonyme de graves complications pour les personnes qui l’ont contracté, en particulier les femmes. Des études montrent qu’environ 75 % des femmes et des hommes actifs sexuellement sont susceptibles de contracter une infection à VPH.

La 4e cause de décès du cancer en 2012 :
Selon un rapport présenté à Paris en 2016 par la Société américaine du cancer lors du Congrès mondial contre le cancer, 265 700 femmes sont mortes dans le monde en 2012 suite à un cancer du col de l’utérus. 90 % de ces femmes vivaient dans les pays « en développement », dont 25 % rien qu’en Inde. (American Cancer Society, 2016, p. 24). Au Canada, 400 femmes sont mortes d’un cancer du col de l’utérus en 2017 (Société canadienne du cancer, 2017).

Le VPH regroupe en réalité une famille d’environ 200 génotypes différents, c’est-à-dire avec des ADN différents. Parce que 99 % des cancers du col de l’utérus sont provoqués par une infection chronique par papillomavirus, une campagne de vaccination a été mise en place dans plusieurs pays dès 2006 et au Canada en 2008. Or, la campagne de vaccination lancée au Québec à la rentrée 2008 (filles en 4e année du primaire ainsi qu’en 3e année du secondaire) a fait l’objet de vives critiques, comme nous le rapportions dans le billet intitulé « Vaccination contre le VPH : une stratégie à mettre en perspective ».

En effet, le vaccin quadrivalent (commercialisé sous le nom de GardasilMC) « ne protège pas contre toutes les formes de cancer du col de l’utérus » et il ne prémunit aucunement d’avoir recours au test de Pap (test de Papanicolaou) pour le dépistage du cancer ou des états précancéreux du col de l’utérus et du vagin. De plus, les autres arguments critiques impliquaient le coût élevé du vaccin, la mobilisation d’importantes ressources professionnelles, les campagnes publicitaires insistant fortement sur la « prévalence vie entière » élevée (les 3/4 de la population susceptibles de contracter le VPH), au détriment d’un pourcentage très élevé (90 %) d’élimination naturelle du virus au bout de 2 ans par les personnes infectées. De nombreux spécialistes en santé publique ont dénoncé une campagne de vaccination inutilement anxiogène et aux motivations contestables, sans toutefois remettre en question les impératifs d’une approche préventive. D’autres professionnels de santé ont au contraire insisté sur les bénéfices de la campagne démarrée en 2008 (lire ici le billet du docteur Marc Steben), en mentionnant les risques élevés de contracter le virus dès les premières relations sexuelles ou encore les économies réalisées sur le long terme, malgré le coût élevé de la vaccination.

Mise en contexte de la vaccination

Que sont les condylomes ?
« Les condylomes génitaux, aussi appelés verrues génitales, sont des infections transmissibles sexuellement (ITS) assez courantes. Ils sont dus aux papillomavirus humains (VPH). Les condylomes se manifestent sous la forme de petites verrues au niveau des organes génitaux. » Source : Passeport Santé

À l’échelle mondiale et depuis 2006, plus de 270 millions de doses de vaccin contre le VPH ont été distribuées selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). D’après l’Institut national de santé publique (INSPQ, 2018), « il se donne annuellement au Québec en moyenne 130 000 doses de vaccins contre les VPH (80 000 x 80 % de couverture x 2 doses) ». Ce sont donc plus d’un million de doses qui ont été administrées en 10 ans dans la belle province pour un coût annuel de l’ordre de 11 millions de dollars, toujours selon l’INSPQ.

Au Québec, depuis septembre 2016, le calendrier de vaccination contre le VPH consiste en 2 doses de Gardasil-9, une version du Gardasil qui protège contre les types 6, 11, 16, 18 (ces 2 derniers étant associés à 70 % des cancers du col utérin) et 5 autres types de VPH (31, 33, 45, 52 et 58), tous associés au cancer ou au risque d’apparitions des condylomes (voir encadré). Un autre vaccin contre les types 16 et 18 existe sur le marché, il s’agit du Cervarix (fabriqué par GlaxoSmithKline). Toutefois, ce vaccin est pratiquement inefficace pour prévenir l’apparition de condylomes.

En avril 2017, le Comité sur l’immunisation du Québec (un comité permanent d’experts relevant directement de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)), a publié un avis recommandant un « calendrier mixte » de vaccination incluant une dose de Gardasil-9 et une dose de Cervarix. Le CIQ s’appuie sur plusieurs études cliniques dont une menée au Québec qui a montré « qu’après une seule dose de vaccin, 99 % à 100 % des enfants de 9-10 ans ont des anticorps contre les virus inclus dans les vaccins ». De plus, le CIQ ajoute que la combinaison d’une dose de Cervarix administrée après celle du Gardasil-9 crée «un profil de sécurité acceptable puisqu’elle induit des anticorps contre les neuf types de VPH inclus dans le Gardasil-9 chez tous les jeunes testés (100 %)». Les études montrent en outre un effet de synergie entre les 2 vaccins. Si la solution du calendrier mixte est choisie, le Québec serait pionnier à l’échelle mondiale dans la prévention des risques de cancer liés au VPH.

Il reste que des lacunes existent quant à la médiatisation des risques associés aux VPH. En 2017, lors du lancement de la première édition mondiale de la Semaine de prévention du VPH (1er au 7 octobre), la Dre Vivien Brown, ex-présidente de la Fédération des femmes médecins du Canada avait déclaré: « Malgré notre compréhension claire des dangers du VPH, le plein potentiel du Canada en matière de santé publique en ce qui a trait à la sensibilisation et à la prévention n’a pas encore été réalisé – une situation qui est commune à l’échelle mondiale ». Il est donc important que les instances publiques, tant à l’échelle provinciale que fédérale, informent mieux le grand public sur ce virus dont beaucoup ignorent encore l’existence et ne mesurent pas bien les risques.

RÉFÉRENCES

Auteur : Jérémy Bouchez
Hinnovic.org

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