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Allo Monsieur le drone? Je ne me sens pas bien

DroneMatternet150xLongtemps, le mot drone a été associé à l’espionnage, à la guerre ou à la surveillance aérienne à des fins militaires puis civiles. Pourtant, ces « aéronefs sans pilote » sont tranquillement en train d’envahir notre quotidien et le secteur de la santé pourrait bien lui aussi voir apparaître les premiers projets impliquant des « faux-bourdons ».

Une idée presque aussi vieille que les débuts de l’aviation

C’est peu connu, mais l’idée de mettre au point des aéronefs sans pilote remonte à la Première Guerre mondiale lorsque les Anglais et les Américains tentèrent de créer des torpilles et des bombes ailées téléguidées. La technologie de l’époque rendait toutefois les trajectoires et les distances erratiques, les ingénieurs de l’époque craignant même que les machines puissent occasionner des « tirs amis » (friendly-fire en anglais) en cas de fort vent ou si les conditions climatiques venaient à changer rapidement après le lancement de l’appareil.

Durant l’entre-deux-guerres, plusieurs tentatives de construire des avions télépilotés voient le jour, mais il s’avère encore difficile d’atteindre une bonne précision dans la trajectoire. La Seconde Guerre mondiale ne verra pas non plus de grandes avancées. Au contraire, les tentatives qui consistèrent à piloter à distance des avions bombardiers pour les faire s’écraser sur les lignes ennemies furent dans la plupart des cas des échecs, comme l’Opération Aphrodite imaginée par l’US Air force dans le but de détruire les sites de lancement de bombes volantes allemandes V1.

Il faudra attendre la guerre du Vietnam pour voir apparaître un début d’utilisation de drones militaires à des fins de reconnaissance, essentiellement par la prise de photos. Depuis lors, la technologie des drones n’a cessé de se perfectionner et ils sont devenus des armes incontournables pour les grandes armées de ce monde. On peut citer l’exemple des États-Unis qui ont désormais massivement recours aux drones tactiques quand il s’agit d’éliminer des cellules terroristes supposées ou pour éviter les risques de pertes en vies humaines dans des opérations à haut risque.

 

Le civil s’y met aussi

C’est beaucoup plus tardivement que les drones ont fait leur apparition dans le domaine civil. Le développement et la construction de ce type d’appareils est en effet très coûteux, mais on a pu assister depuis quelques années à une baisse significative des coûts de fabrication d’un drone, à tel point qu’il est désormais possible de faire l’acquisition d’un engin de base pour une centaine de dollars.

Les drones civils plus perfectionnés sont quant à eux plus versatiles vis-à-vis des tâches réalisables et c’est justement pour cette raison qu’ils pourraient s’avérer pertinents dans le domaine de la santé. Ainsi, il est possible d’imaginer des drones ambulances, capables de répondre plus rapidement que des services ambulanciers sur quatre roues. C’est en tout cas l’idée qu’a eue Alec Momont, un jeune ingénieur hollandais diplômé de l’Université de Delft. Plus précisément, Momont a conçu un prototype de drone à trois hélices qui viendrait en aide aux personnes en situation de détresse cardiaque. L’appareil serait équipé d’un défibrillateur cardiaque et il répondrait aux appels d’urgence impliquant une assistance rapide. Le prototype est muni d’une caméra, d’un microphone et de haut-parleurs afin d’assister une personne qui pourrait venir en aide in situ. Le jeune ingénieur mentionne que ce type de drone permettrait d’augmenter le taux de survie à une attaque cardiaque, le faisant passer de 8 à 80 % parce que l’appareil n’est pas tributaire du trafic routier. Voici une vidéo mettant en scène ce que pourrait être ce genre de drone ambulance.

 

Des drones pour pallier aux infrastructures de transport déficientes

1 milliard de personnes dans le monde n’a pas accès à des routes praticables. C’est le constat d’Andreas Rastopoulos, un designer qui a créé le projet Matternet et l’entreprise du même nom. Pour ce milliard d’individus, le déplacement de marchandises et de personnes peut s’avérer être toute une aventure. Imaginez alors quand votre survie n’est qu’une question du temps qu’il faudra à un médicament, un antidote ou à un appareil pour se rendre jusqu’à vous. C’est donc pour s’affranchir des contraintes du terrain que l’équipe de Matternet a eu l’idée de développer un système de drones en réseau qui pourrait permettre de livrer des colis de plusieurs kilos dans des régions ne possédant pas d’infrastructures routières efficaces, à cause du manque d’investissement, de conditions météorologiques difficiles ou tout simplement dans des zones reculées. L’équipe de Matternet mentionne que les coûts de construction, d’entretien et d’utilisation ont tellement baissé que le verrou financier d’un tel projet est désormais derrière nous. Il faut compter désormais aussi peu que 24 cents pour transporter 2 kg de matériel sur 10 km avec un quadriptère qui coûte 3000$. Lors d’une présentation Ted en juin 2013 à Édimbourg en Écosse, Andreas Rastopoulos a présenté le projet Matternet comme une future révolution dans le transport des marchandises et des équipements médicaux.

 

Détecter les foyers infectieux grâce à des drones

DroneProjetMondeyBar350xLa Malaria se transmet à l’homme via les moustiques qui eux-mêmes s’abreuvent du sang de certains singes dont les macaques. Les cas de Malaria ont baissé de façon régulière depuis les 10 dernières années, mais les chercheurs ont découvert que la souche Plasmodium knowlesi a au contraire augmenté dans certaines régions du monde durant cette même période. En fait, cette augmentation s’explique par une plus grande proximité entre les macaques porteurs de la maladie et les êtres humains. En cause, la déforestation pour permettre le développement de cultures. C’est donc afin de mieux identifier les foyers d’apparition de cette forme de Malaria que des chercheurs de la London School of Hygiene and Tropical Medicine ont eu l’idée de cartographier les zones susceptibles d’occasionner des rencontres plus fréquentes entre les macaques et les populations humaines dans une région de Malaisie. Ils ont donc utilisé de petits drones possédant une caméra de 16 Mpx afin de corréler les données des photos avec les cas déclarés de Malaria et les mouvements de certains macaques possédant des colliers émetteurs. La prochaine étape sera d’équiper les drones avec des caméras infrarouges permettant d’éviter les colliers. L’équipe de Kimberly Fornace, qui a dirigé le projet, précise que les drones ont l’avantage de coûter relativement peur cher et de pouvoir fournir des données de façon beaucoup plus fréquente que les images satellites, tout en s’affranchissant des nuages. Fornace et ses collègues ont publié leurs résultats dans la revue Trends in Parasitology en octobre dernier.

Ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres de l’utilisation grandissante des drones dans le domaine de la santé. Alors que cette technologie est à l’origine militaire, il est réjouissant de constater que ces engins servent de plus en plus  à sauver des vies plutôt qu’à en enlever.

Auteur : Jérémy Bouchez
Hinnovic.org

Un commentaire

  1. […] Au-delà des véhicules d’urgence sur roues, les ambulances se déclinent bien sûr en hélicoptères ou en bateaux, les premiers étant bien sûr utilisés dans des cas où le ou les blessés doivent être transportés très rapidement à partir de lieux difficilement accessibles et les deuxièmes dans des cas d’urgence en mer. Toutefois, il existe des projets visant à imaginer des véhicules portant secours aux victimes de façon plus rapide et pour des urgences bien spécifiques. Par exemple, les progrès effectués effectués ces dernières années dans les drones ont inspiré plusieurs projets de drones de secours visant soit à apporter des médicaments dans des zones reculées, ou encore à amener un défibrillateur sur place de façon beaucoup plus rapide qu’un véhicule sur roues, tributaire de la circulation. Nous avions publié un billet à ce sujet en novembre 2014. […]

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