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L’action du capital de risque dans les petites entreprises technologiques

role_of_capitalLes innovations technologiques en santé sont souvent produites par de petites et moyennes entreprises, notamment des entreprises dérivées de centres de recherche universitaires ou publics. L’orientation actuelle du financement de la recherche universitaire vers la commercialisation de ses résultats vise à accentuer cette tendance. Parmi les différentes sources de financement des entreprises du secteur des technologies de la santé (voir le tableau), le capital de risque occupe une place importante et entraîne des conséquences structurantes pour l’entreprise davantage que les autres sources.

Les sources de financement selon les stades de développement
des entreprises de technologies de la santé

Stade du concept Stade de démarrage Stade de croissance Stade avancé
Que fait l’entreprise Développement du concept
Prototype testé
Passage de la technologie au produit commercialisable
Essais cliniques
Plan d’affaire (définition du marché potentiel, acheteurs et distribution du produit)
Essais cliniques
Homologation
Développement de l’infrastructure de production et distribution
Mise en marché
Revenus
Transformation structurelle
Acquisition de l’entreprise par acheteurs externes ou internes/entrée en bourse
Sources de financement Subventions
Ressources personnelles et des proches
Financement participatif
Investisseurs providentiels
Investisseurs providentiels Financement participatif
Capital de risque
Capital de risque Capital de risque
Émission d’actions sur le marché boursier

Le B-A-BA du capital de risque

D’où vient l’argent investi sous la forme de capital de risque?

  • Particuliers détenteurs de capitaux importants

  • Gouvernements

  • Entreprises

  • Fonds de pension

  • Institutions financières (banques, compagnies d’assurance)

Qui décide des cibles de financement?

Les détenteurs de capitaux eux-mêmes ou les investisseurs de capital de risque, des professionnels travaillant dans des

  • fonds de capital de risque (ex. Lumira Capital)

  • fonds de travailleurs (ex. Fonds de solidarité de la FTQ)

  • institutions publiques (ex. Banque de développement du Canada)

Le capital de risque : plus que de l’argent

Les investisseurs professionnels placent leurs capitaux ou ceux qu’on leur confie, mais typiquement agissent également dans l’entreprise, en influençant les décisions au conseil d’administration où ils siègent et en apportant une expertise dans l’entreprise, sous la forme de

  • réseaux de contacts

  • connaissance du monde entrepreneurial

  • soutien au plan administratif, marketing, stratégie

Du capital action

Le capital de risque est investi sous forme de capital action. Les investisseurs achètent une participation à l’entreprise. Par conséquent, ils siègent au conseil d’administration en tant qu’actionnaires et courent le risque de perdre leur mise ou de recueillir des bénéfices au moment de l’entrée en bourse ou de la vente de la compagnie – moment de l’événement de liquidité, survenant dans les 3 à 7 ans suivant l’investissement (MaRS 2014).

 

Le capital de risque, quasi incontournable pour les entreprises technologiques en développement

Aux premiers stades de leur développement, les petites entreprises technologiques ne peuvent emprunter à des banques, n’ayant pas de garantie à offrir – elles n’ont pas d’actifs financiers ou matériels, les revenus tardent souvent à venir, le développement et la commercialisation de leur technologie exigeant beaucoup de temps et d’argent. Le capital de risque occupe cette niche particulière de financement d’entreprises qui en sont à leurs premiers stades de développement, mais qui ont un fort potentiel de croissance. Les portefeuilles d’investissement en capital de risque sont constitués de façon à équilibrer les succès et échecs des placements. Au Canada, en 2012, le taux de survie des entreprises de moins de 250 employés était de 85% après un an, mais de 51% après 5 ans. À risque élevé, rendement élevé, dit-on. Le rendement attendu sur l’investissement est de 20 à 30 %. (MaRS 2014).

 

L’action des investisseurs de capital de risque dans les entreprises

Les investisseurs de capital de risque ont pour but d’obtenir le rendement maximal sur leurs investissements. Ils cherchent à accroître la valeur financière de l’entreprise en vue de l’événement de liquidité, moment où ils récupèrent leur mise et touchent leur profit. L’activité des investisseurs se décline de 3 façons, chronologiquement ordonnées (Lehoux et al. 2015):

  1. l’évaluation de la valeur des projets et la sélection: le processus de vérification diligente consiste à évaluer l’entreprise ou le projet en mobilisant de l’expertise juridique, comptable, scientifique, managériale pour jauger les risques et perspectives de succès.

  2. la construction et la protection de la valeur: la décision d’investissement prise, les investisseurs s’attèlent à faire croître la valeur de leur investissement

    • en mobilisant leurs ressources personnelles (réseaux de contacts, expérience en entreprise) en soutien à l’équipe de gestion,

    • en s’assurant que les jalons fixés lors de l’entente de financement (essais cliniques, démarches d’homologation, etc.) sont franchis dans les temps prévus et en faisant pression pour qu’ils le soient, sous peine de refus de refinancement ou de retrait de l’investisseur,

    • en influençant les choix de développement de la technologie – les choix d’indication médicale, par exemple – et les nominations aux postes clés de l’entreprise – ils peuvent même forcer le remplacement d’un PDG s’ils estiment ainsi mieux protéger la valeur de l’entreprise.

  3. la monétisation de la valeur : quand les investisseurs considèrent atteinte la valeur maximale – par exemple, quand l’entreprise a obtenu l’approbation règlementaire de la FDA donnant accès au marché américain – ils cherchent à récupérer leur investissement en provoquant un événement de liquidité. Les actions de la compagnie sont alors offertes sur le marché public (entrée en bourse) ou privé (par ex., vente à une autre entreprise). Une restructuration pour rendre l’entreprise plus aisément «vendable» précède souvent la vente. Elle peut consister à se départir d’une section de l’entreprise, à vendre les brevets d’une technologie que l’on renonce à développer, à se concentrer sur une indication médicale précise plutôt qu’à en maintenir de multiples, etc.

 

Les conséquences du financement des innovations par du capital de risque

  • Pour l’entreprise
    Le capital de risque coûte cher à l’entreprise, en plus de n’être pas « patient » – bien que, dans les technologies de la santé, les investissements peuvent être faits pour des périodes plus longues que dans d’autres secteurs, surtout s’ils ont débuté à un stade très précoce du développement de l’entreprise. Les investisseurs de capital de risque ont une « activité à valeur ajoutée » (Luukkonen et al. 2013) dans l’entreprise, mais cette activité est structurée par la poursuite de leurs intérêts financiers propres – et non par la poursuite d’un développement optimal de la technologie, par exemple.

  • Pour l’industrie des technologies de la santé
    Le mode de sélection des projets, axé sur la probabilité d’une croissance rapide et sur une réduction du risque (au plan règlementaire et du remboursement de l’utilisation par les assureurs/tiers payeurs), favorise le développement de technologies dans certains secteurs au détriment d’autres et favorise peu l’innovation plus audacieuse. De plus, les événements de liquidité prennent souvent la forme d’une vente des petites entreprises à des entreprises multinationales, rendant difficile la construction d’une industrie locale durable.

  • Pour les systèmes de santé
    Les investisseurs ont une voix prépondérante dans le choix des innovations de santé qui sont développées et dans la manière de les développer («money talks», dit-on). L’analyse de marché préalable à la transaction n’est pas aussi étoffée et fine qu’une analyse des besoins sanitaires qui se pencherait, par exemple, sur le fardeau de morbidité évitable, sur les gains systémiques, sur la vulnérabilité, etc. Les bonnes idées qui ne viseraient pas de grands marchés, comme le marché américain notamment, ont peu sinon aucune chance d’être retenues pour financement, même s’il existe un besoin local ou à plus petite échelle. Certains secteurs de l’industrie sont favorisés au détriment d’autres, ne reflétant pas nécessairement les priorités de santé les plus urgentes pour la société (Fleming 2015).

Investissements de capital de risque au Canada en 2014

financement_pie_chart

379 transactions pour un total de $1,9 milliard investis
dans des compagnies canadiennes

(Source : CVCA 2014)

Auteure : Geneviève Daudelin, Ph.D.
Hinnovic.org

RÉFÉRENCES

  1. MaRS (2014). Startup financing : Venture capital (VC) and private equity.
    http://www.marsdd.com/mars-library/startups-what-is-venture-capital-vc-or-private-equity/

  2. Lehoux P., Miller F., Daudelin G. (2015). How venture capitalists decide which new medical technologies come to exist. À paraître.

  3. Luukkonen T., Deschryvere M., Bertoni F., (2013). The value added by government venture capital funds compared with independent venture capital funds. Technovation, 33, 154-162.
    http://dx.doi.org/10.1016/j.technovation.2012.11.007

  4. Fleming J. (2015). The decline of venture capital investment in early-stage life sciences poses a challenge to continued innovation. Health Affairs, 34(2), 271-6. Doi.10.1377/hlthaff.2014.1051

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